Fragments inédits d'Atala, mars 2009

Après les "fragments inédits d'Atala" révélés aux lecteurs avertis, en 2008, par les élèves de Seconde Amérique de Strasbourg et leurs correspondants de Beyrouth - Zalka, voici une nouvelle série de textes, s'inscrivant dans le même thème et qui nous parviennent en droite ligne du Liban...

"D'un commun accord, nous décidâmes, Atala et moi, de nous installer en ce doux lieu afin d'y mener la vie sereine et féconde des enfants de la nature convertis aux vertus d'une vie sédentaire bien remplie par les tâches agricoles et les devoirs domestiques propres à tout foyer..." Rédiger la suite...


Suites libanaises

Suite 1

Au lever matinal féerique empourpré par la clarté flamboyante de cette belle journée rayonnante, la lassitude et l'épuisement s'étiolaient pour céder la place à la légèreté de l'âme, épuisée auparavant par les tâches quotidiennes qui chargeaient l'esprit de Chactas et sa belle épouse.

A l'image des félins, leurs enfants se câlinaient dans l'herbe mouillée par la rosée du matin. Ils se rafraîchissaient aussi sous l'eau des cascades limpides qui les recouvraient de sorte qu'ils passaient à l'état invisible au pouvoir magique envoûtant ; par moments, ils émergeaient avec des rires escamotés, étouffés pour ne pas distraire ni perturber le couple parental, sous l'égide de Cupidon qui les effleurait malicieusement par ses flèches aux pointes enrobées de miel, d'ambre et d'encens... Ce mélange aphrodisiaque les faisait plonger dans une félicité absolue, incontrôlable où corps et âmes s'unissaient et se confondaient à l'exemple du fer qui se liquéfiait au contact de la forge, se remodelant, fusionnant, donnant naissance à une figurine unique, symbolisant un amour éternel, dépassant les bornes terrestres et virevoltant dans un espace virtuel où les notions du temps sont absolument abolies, anéanties.

Les jours s'écoulèrent lestement, loin de la crainte, de l'inquiétude.

Atala et Chactas, main dans la main, coeur et tendresse voués à leur progéniture, finirent leur vie entourés par leurs proches, protégés par cette présence divine secrète qui les unissait, les bénissant incessamment, les récompensant continuellement par des semences et récoltes abondantes, les soustrayant ainsi aux afflictions humaines, évitant de les avilir au rang des mortels par la force de la foi. Armés par le "grand mystère" qui embellissait leur séjour éphémère, tendant avidement à l'image du grand créateur, sauveur des âmes perdues.

S1GB

Suite 2

"Après leur mariage, Atala et Chactas se dirigèrent vers un foyer béni par Dieu, construit spécialement pour eux deux ; ils s'installèrent dans leur propre domaine qui conserverait dans chacun de ses coins leurs prochains et les bourgeons de leur amour. Ce serait leur lieu sacré, un lieu de paix et d'amour, un paradis sur terre. Et la vie du couple évoluerait vers plus de bonheur et de quiétude.

Chactas ne se lassait pas d'admirer sa bien-aimée, de se noyer dans son doux et profond regard, de l'aimer comme au premier jour de leur rencontre et Atala qui a laissé la flamme embraser son coeur portait à son Chactas le même amour.

Dieu a offert à ce couple uni une terre fertile et une existence fécondée par cinq enfants pleins de vie et de pureté. Les parents prenaient soin des cadeaux du ciel ; ils cultivaient la terre qui produisait abondamment toutes sortes de fruits et de légumes.

Gaspard, le fils aîné, audacieux et compétitif, jouissait d'une habileté remarquable ; Aubry, le cadet, plutôt sage, calme et proche de Dieu, était l'opposé d'Astrix le plus turbulent. Alas, la grande fille était la plus intelligente parmi ses frères et soeurs, et enfin la petite Actas ressemblait énormément à sa mère. Ces cinq enfants recevaient la meilleure éducation spirituelle dans une famille bénie par Dieu.

Cette famille était précieuse aux yeux de son Créateur. Chactas et Atala menèrent une vie paisible jusqu'à la fin de leurs jours.

 Emilio A.

Suite 3

"Chactas s'est converti au christianisme et Atala s'est libérée du fardeau du voeu qui pesait lourd sur son âme pure.

"Enfin, nous nous sentons profondément heureux et libres, disposant de notre vie et de notre destin !", s'exclama Atala. Chaque matin, en se réveillant, elle exprimait sa grande joie de trouver à ses côtés l'homme qu'elle aimait et pour lequel elle avait tout quitté afin de continuer à vivre ensemble. Chaque soir, ils s'asseyaient devant leur foyer pour méditer. La lune toute ronde et couleur pourpre, qui se levait à ras de terre et éclairait le fond de la prairie,  ressemblait  à Atala qui illuminait profondément la vie de Chactas. La nuit douce se répandait autour d'eux : Atala, les yeux mi-clos, aspirait le vent frais avec de grands soupirs. Ils ne se parlaient pas, ils plongeaient dans leurs rêveries et s'endormaient silencieusement comme le crépuscule qui dort dans la vallée sur l'or du gazon. Quand ils se réveillaient, ils rentraient chez eux et récitaient avec ferveur une prière que le père Aubry leur avait apprise.

 Plus le temps passait plus leur amour  grandissait. Atala a été créée pour Chactas et Chactas pour Atala comme la main du créateur a créé Adam  pour Eve et Eve pour Adam. Ils vivaient les plus belles histoires d'amour dans leur propre paradis, en souhaitant rester ensemble jusqu'à ce que leurs visages soient aussi ridés que les pommes cueillies un an plus tôt et oubliées au fond du grenier.

  Yassenia. CH

Suite 4

Atala s'interrogea longtemps sur l'avenir de son engagement avec Chactas et, dans une nuit où le ciel était clair et enflammé par les étoiles brillantes, elle prit la décision de sa vie... Elle regarda le ciel et cria d'une voix blessée: "je suis désolée ma mère, ma vie est plus importante que ton voeu"!

Atala et Chactas sortirent de la forêt et se dirigèrent vers le sud, vers l'inconnu, pour commencer une nouvelle vie. Ils atteignirent un village, contractèrent un mariage chrétien et s'installèrent dans leur nouvelle maison. Ils y vécurent leur plus beaux jours, voyant la vie en rose : tout était beau et coloré ; ils sentaient l'odeur fraîche et ravissante de la vie.

 Après un temps, Atala accoucha d'un garçon, et le couple vit le monde encore plus grand et plus beau. L'enfant grandissait sous le tendre regard de sa maman qui prenait bien soin de lui, mais Chactas, qui n'était pas prêt pour ce genre de responsabilité, essayait de dissimuler son malaise. Mais un jour, la crainte l'avait envahi et sans réfléchir il s'enfuit, laissant son épouse et son enfant sans provisions et sans argent. Dans la forêt, il cherchait un secours, espérant trouver le père Aubry qui pourrait l'aider à comprendre ce qui se passait, mais la nuit tomba et Chactas ne trouva aucune aide. Il s'endormit sous un arbre, attendant que le nouveau jour lui apporte une réponse et mette fin à sa misère. Pendant qu'il dormait, un bruit sec le réveilla ; c'était une biche qui apprenait à sa petite les premiers pas ; Chactas, émerveillé, comprit que c'était un signe du ciel et qu'il avait envers son enfant le devoir d'être un père responsable et courageux. Et ainsi, il se mit en route, espérant retrouver sa bien-aimée et son fils. Il était encore loin de la maison quand il vit Atala, debout devant l'entrée, surveillant le garçon qui jouait dans l'herbe verte. Il courut vite et serra tendrement Atala entre ses bras tout en lui demandant pardon:"j'étais perdu !"...

 Roy N.

Suite 5

Le soleil levant du jour inondait la forêt avec ses rayons dorés chatoyants et réveillait les forêts touffues et encore dormantes. Les peupliers élégamment élancés levaient orgueilleusement leurs têtes vers un ciel pur et leurs branches aux feuilles soyeuses dansaient au rythme de la brise matinale. A leurs pieds, de petites herbes fragiles et tremblantes venaient se faufiler parmi les fleurs multicolores qui étoilaient l'immense étendue verdoyante. Leurs parfums agréables et doux embaumaient l'air et leurs couleurs vives attiraient les papillons virevoltant. Les arbustes en fleurs se penchaient gracieusement devant la majesté de la création, dans un cadre immaculé.

C'est dans ce monde paradisiaque que je menais avec ma chère Atala une vie paisible, débordante de joie et d'amour infini. C'était une vie de rêve ! Au matin, je sentais la chaleur de son corps caresser ma peau et attiser les désirs de notre amour. Son sourire me donnait la force de poursuivre ma vie et l'enveloppait de l'espoir.

Notre habitation était une sorte de hutte pauvre et petite mais chaque coin et chaque objet racontait notre histoire d'amour. Tous les jours, je sortais avec mon fils ramasser les fruits et les légumes, tourner la terre, en arracher les mauvaises herbes, semer les graines et ramener des branches sèches pour nous réchauffer le soir.

A notre retour des champs, je voyais Atala assise avec notre petite fille devant la hutte, à l'ombre d'un arbre feuillu : elle tissait les mocassins troués ou rapiéçait les habits usés. La figure angélique de mon épouse exhalait la douceur et la paix.

Après le déjeuner, toute la famille sortait en promenade dans la nature. Sentir l'odeur de cette terre, goûter à son harmonie, quelle ivresse ! Main dans la main, ma bien-aimée et moi, nous marchions paisiblement, le cur léger, le long de ces chemins bordés de saules pleureurs, et nos deux enfants sautaient gaiement, en courant derrière les papillons multicolores. Ensemble nous passions des moments inoubliables. Nous rentrions à la maison quand le soleil commençait à retirer ses rayons dorés et le jour à confier son empire à la nuit. La lumière s'affaiblissait progressivement et le noir s'annonçait comme le roi de la solitude. Au centre de notre foyer, les braises reflétaient la chaleur familiale qui enveloppait notre petite famille. De loin nous parvenait le bouillonnement des eaux du fleuve qui borde le domaine. On discutait un peu et puis, nous résignant su sommeil, nous nous couchions. Que de fois, j'avais souhaité que la nuit ne se termine pas, afin de prolonger à l'infini les moments d'amour vécus auprès de ma princesse Atala.

Christine Kh.

Suite 6

 Les deux amoureux, Chactas et Atala, se sont mariés et ils ont eu une petite fille.

Atala consacrait ses jours à sa fille qu'elle aimait beaucoup et qu'elle voulait consacrer à Dieu pour entretenir le serment de sa mère. Mais cette pensée avait suscité une violente protestation  de la part de Chactas qui rappela à sa femme les malheurs qu'elle avait endurés à cause de ce genre de serment. Les jours passaient et la décision d'Atala devenait de plus en plus ferme. Le conflit entre Chactas, qui refusait de faire vivre un drame à sa fille, et Atala, qui voyait sa fille comme un "génie du christianisme", perturbait les relations intimes du couple.

Atala était très malheureuse d'avoir manqué au voeu de sa mère et elle décida de se suicider en s'empoisonnant, dégoûtée de sa vie présente et passée.

La fille était assez consciente pour comprendre l'histoire tragique de sa mère, mais ceci n'avait pas atténué son malheur : elle vivait dans la solitude et le dégoût. Et au bout de bien des années de souffrances et de réflexion, elle décida de consacrer sa vie à Jésus-Christ, priant pour pouvoir tenir ses promesses afin d'éviter de commettre la même erreur que sa mère.

  Christelle M.

 

Suite 7

Cette vie me semblait idéale ; chaque matin, le soleil effleurait nos visages et chatouillait nos âmes confiantes, au sein de cette nature sauvage et gracieuse.

Atala avait décidé de se livrer à moi et de partager sa vie avec l'unique homme qu'elle avait connu et aimé. Elle croyait que la virginité d'une femme réside dans  la pureté de l'âme et de la pensée. Nous passions de longues heures devant notre modeste habitat que nous avons construit ensemble avec des feuilles de palmiers et de vieilles branches de chêne. Notre vie évoluait rapidement. Nous n'étions que des réfugiés, des amants menacés, terrorisés et voilà que nous sommes devenus des époux, puis des parents. Nous savourions chaque instant vécu ensemble, comme si c'était le premier et le dernier. La nuit était un moment magique, un moment où je pouvais voir ma belle lune briller en grands éclats. Le moment où je pouvais toucher à mon étoile, mon ciel à moi tout seul, sans que personne ne nous dérange. Atala se présentait avec toute sa candeur, sa fragilité et sa puissance.

Nous avions ensemble vécu et senti la nature dans tous ses états. Nos curs tremblaient avec chaque orage qui se déchaînait mais la présence de l'Autre nous rassurait et la chaleur de l'amour nous  réchauffait durant les nuits enneigées et les frais souvenirs nous rafraîchissaient pendant les grandes chaleurs.

Nous étions si heureux et rien ne pouvait nous séparer que la mort comme nous l'avions promis devant Dieu, une nuit pluvieuse qu'on croyait éternelle.

Cynthia C.

 

 Suite 8

Atala et Chactas avaient construit une maisonnette en bois de cyprès solide et imperméable, exhalant l'odeur de l'encens. Ils avaient couvert le toit de pailles ramassées dans les villages des tribus indiennes durant la période de la moisson et de la récolte des épis d'or. Les meubles internes étaient fabriqués manuellement de pierre et de bois.

Atala qui avait décidé de rompre les vux prononcés par sa mère, n'était pas complètement satisfaite. Tiraillée entre deux vocations, elle préférait cependant se donner à la vie d'épouse et de mère, pleine d'amour et d'enfants. Après la conversion de Chactas au christianisme, le Père Aubry, accompagnateur spirituel, présida la cérémonie de mariage du nouveau couple, devant un autel de pierre, dans le majestueux temple de la nature et en la présence de tous les habitants de la forêt.

Les jours passaient mais une douleur rongeait Atala et l'approchait du suicide jusqu'au jour où le sentiment de culpabilité l'introduisit dans un interminable tunnel de désespoir. Elle trouva le père Aubry, lui confia ses tourments et retrouva une paix qui ne tarda pas à laisser la place à une misère encore plus cruelle: Atala découvrit qu'elle ne pouvait pas avoir des enfants, elle sentait que le ciel la punissait et lui interdisait le bonheur.

Désespérée et prête à tout faire pour ne pas être privée de la maternité, Atala priait ardemment le ciel et promit de vouer son premier enfant à Dieu...

 Michel T.

 

Suite 9

A leur retour, le père Aubry et Chactas trouvèrent Atala agenouillée, implorant la miséricorde de Dieu, avec en main une bouteille de poison. En la voyant, Chactas se précipita vers elle, lui prit le poison, le lança vers le vert. Il la regarda avec déception et rage et lui dit: " Le péché de notre amour t'a conduit à la mort ? Je suis une malédiction pour toi ?" ... Atala porta sur son bien aimé un regard souffrant et lui dit : "Je ne peux pas vivre sans toi et vivre avec toi m'est impossible. Tu es mon unique amour !"

Déchirée entre deux amours inconciliables, Atala endurait le martyr. Le père Aubry, devinant la confusion de cette femme innocente et honnête, s'approcha d'elle et la réconforta avec ces paroles : "Ma petite fille, Dieu nous aime et ne veut que notre bonheur, il nous veut croyants et heureux et  le voeu de ta mère n'est qu'une épreuve, réagis et change; la présence de Chactas auprès de toi, sa conversion au christianisme sont des signes de Dieu". A ces mots, une nouvelle lumière réchauffa le coeur d'Atala et une nouvelle page commença dans sa vie.

Elle épousa Chactas et cinq ans après leur mariage, Atala donna naissance à Christian et Chloé. Chactas travaillait dans l'agriculture et aidait bénévolement à l'église.

  Zeina I.

 

 Suite 10

Dans la vie Chactas et d'Atala, l'amour a dépassé les questions religieuses et c'est pourquoi ils ont conclu un mariage "civil" laissant à leurs enfants de choisir dans l'avenir la religion qui leur conviendra. Ils s'installèrent dans un lieu isolé, près d'un petit village d'une trentaine de maisons ; ils  restèrent en contact avec la nature qui leur procurait beaucoup de joie et de sérénité.

Dans ce doux lieu et au sein d'une magnifique nature, le nouveau couple vivait dans la liberté, loin de toute contrainte sociale ou religieuse. Atala ne se lassait pas d'admirer les merveilles de la nature et de connaître Dieu dans sa création ; quant à Chactas, il se considérait comme l'homme le plus heureux au monde grâce à la présence d'Atala qui avait bien accepté de l'épouser pour former ensemble une famille et faire des enfants.

  Emilio KH.


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