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FRAGMENTS
INÉDITS d'ATALA
"D' un commun
accord, nous décidâmes, Atala et moi, de nous
installer en ce doux lieu afin d' y mener la vie sereine et
féconde des enfants de la nature convertis aux vertus
d' une vie sédentaire bien remplie par les
tâches agricoles et les devoirs domestiques propres
à tout foyer... "
SUITES ci-dessous ...
Suite
1
Dans la nature pittoresque que
la main du créateur a façonnée avec
tant de charme, où les montagnes cousues d'une
verdure étincelante saluaient le galet doré du
ciel qui éclairait le monde avec d'interminables
fils d'or, où la rivière serpentait mollement,
où les oiseaux gazouillaient pacifiquement et
égayaient le paysage, où les papillons
voltigeaient librement étendant leurs ailes
tachetées des diamants de la rosée, nous
décidâmes, Chactas et moi, de nous installer,
" pour y
mener la vie sereine et féconde
des enfants de la nature convertis aux vertus d' une vie
sédentaire bien remplie par les tâches
agricoles et les devoirs domestiques propres à tout
foyer "...
Chactas embrassa la religion
chrétienne et le père Aubry bénit notre
union. Notre vie était merveilleuse. Mon mari allait,
chaque jour, chercher la nourriture dans la
forêt généreuse, parfois il rentrait
avec des truites qu'il pêchait dans la rivière
ou des animaux qu'il chassait avec ses propres moyens.
Quelle que fût la récolte, notre table
était toujours exquise. On passait de bons moments
ensemble, les après-midi, on parlait de notre avenir,
de nos enfants. Le père Aubry, nous rendait visite de
temps en temps. Et le soir, sous la lueur argentée de
la lune, on assistait à la danse des perles dans la
rivière et nos deux âmes chantaient à
l'unisson l'hymne de l'amour.
Qu'elle était grande ma
joie quand je portais une âme angélique dans
mes entrailles. A minuit, mon cÏur songeait à mon
enfant et mes lèvres fredonnaient des chants du
bonheur. Notre petite Angela faisait la joie de notre
foyer.
Mais un jour, Chactas fut
malade et il refusait de se reposer. Son visage était
pâle et ses lèvres aspiraient inutilement la
vie. Deux jours passèrent et son état ne
faisait que se dégrader; d'une voix suppliante, j'
appelai le Père Aubry qui me demanda de me confier au
Seigneur, médecin de nos coeurs et de nos corps. Il
s'approcha de Chactas, lui appliqua de l'huile sur les
tempes et se mit à prier. J'étais debout,
attendant le miracle qui allait éventuellement se
produire. Le prêtre me demanda de prier avec une foi
fervente. Quelques jours après, Chactas ouvrit ses
yeux et progressivement, il reprit des forces, son regard se
chargea d'espoir et notre vie retrouva son rythme habituel.
Suite
2
Atala et Chactas
décidèrent de vivre dans la nature, dans le
calme et la sérénité. Et pour que
rien ne trouble leur union, Chactas retrouva
le P. Aubry et reçut le baptême. Les deux
époux s'entraidèrent pour construire leur
maison où ils vécurent des jours inoubliables.
Atala était toujours à côté de
son conjoint et l'aidait avec amour à surmonter
les difficultés. Ils étaient mutuellement
fascinés et vivaient l'un pour l'autre.
Un jour, pendant que Chactas
était en train de cueillir les fruits, sur un arbre,
une chute soudaine lui causa une fracture au dos et au bras,
ce qui l'obligea à garder le lit pendant des mois.
Atala, pour assurer la nourriture, devait travailler la
terre, s'occuper de la maison et surtout de son mari.
Chactas, voyant sa femme accablée de lourdes charges,
fut pris d'une profonde tristesse. Il était
noyé dans ses larmes et pleurait comme un
enfant, quand sa femme rentra des champs. Elle se
précipita vers lui, s'agenouilla devant son matelas,
se pencha sur lui, essuya ses larmes puis, très
tendrement, l'embrassa et lui demanda:
- Chactas, mon amour, que se passe-t-il
?
Ne voulant pas lui
révéler les causes de son malheur, Atala
insista en ces termes :
-
Nous sommes deux époux unis par la grâce du
Seigneur, ta souffrance est mienne ainsi que ta
joie.
- Pardonne-moi, ma chérie, c'est bien
à cause de moi, j'ai dû être plus
attentif sur l'arbre ; je t'ai infligé tant de
peine et de fatigue. Je t'aime Atala, tu es la sève
de mes veines, comment vivrais - je sans toi
?
Atala l'écoutait et
portait sur lui le regard tendre de la femme amoureuse. Elle
lui rappela qu'ils ss'étaient engagés à
vivre dans la joie les moments de détresse et les
moments d'allégresse. "Je
t'aime, tu es le coeur qui me fait vivre, tu es l'air que je
respire, sans toi ma vie n'aurait pas de
sens", finit-elle par
dire.
- Je
suis fier de celle que mon coeur a choisie, je suis fou de
toi Atala. Tu es dotée d'une force surnaturelle, tu
es ma force et ma fortune".
Quand Chactas a
été complètement guéri, il
a repris son travail. Et le jour où Atala sentit
qu'elle est enceinte, elle courut dire sa joie à son
mari qui l'a prise entre ses bras et ensemble, ils ont
remercié le ciel. C'était le début du
printemps où tout grouille de vie dans la
nature.
Les neuf mois passèrent
en un clin d'Ïil. Une nuit, alors que tout était
endormi, un cri de vie jaillit : le premier fils de Atala et
de Chactas était né.
Le père Aubry vint le
baptiser ; Joan vécut heureux dans sa famille et eut
plusieurs frères et soeurs.
Quand Dieu créa la
femme, il était satisfait de son chef-d'oeuvre.
Grâce à la douceur d' Atala, la vie de cette
famille fut agréable et harmonieuse comme à
l'aube de la création.
SUITE 3
Enveloppés par la
fraîcheur de la verdure et éblouis par les
charmes de la nature, nous décidâmes, Chactas
et moi, d'y mener la vie sédentaire.
Le temps passait et notre
amour s'approfondissait. Notre modeste vie était
tranquille, paisible, rien que nous, rien que nos âmes
uniesÉ La nuit, on se reposait sur une couche de feuilles
d'arbres et nous nous réchauffions avec la chaleur
procurée par la terre-mère. Rien ne nous
était difficile ou impossible, on trouvait dans la
nature tout ce dont on avait besoin. On voulait juste
être heureux. Je sentais que j'étais la plus
heureuse file au monde : je suis avec l'homme que j'aime et
qui me respecte.
Notre vie était
ordinaire jusqu'au jour
où notre amour irrésistible m'a
conduit à renoncer au voeu fait par ma mère.
La décision était difficile et l'angoisse
profonde. "Que pensera ma
mère de moi ?"... Mille
idées me troublaient mais je savais que mon amour
allait triompher et que j'avais le droit de faire ma
vie, d'aimer et de me faire aimer par Chactas, mon
prince charmant.
Une année plus tard,
notre petite Tala est venue au monde ; sa
présence a multiplié notre bonheur. Nous nous
sommes engagés à bien protéger notre
fille, à lui assurer la meilleure éducation
et à lui transmettre notre foi
chrétienne.
"Pardonne-moi, mère, parce que je n'ai pas
respecté le voeu, mais je suis certaine que si
tu devines la béatitude qui m'enveloppe avec mon
partenaire et le fruit de mes entrailles, tu m'en
féliciteras".
Assise sous un arbre, je
regardais Chactas ramasser le bois et Tala prendre son lait
quand nous fumes surprises par l'arrivée d'un groupe
d'indiens. Ils s'approchèrent de mon mari, le
tirèrent violemment par les bras, lui
lancèrent des injures, l'accusèrent
d'être un traître et le forcèrent
à les accompagner, sinon il serait mort...
"Tuez-moi ! Je préfère mourir et
passer aux cieux d'où je pourrai voir ma famille au
lieu de vivre en enfer !",
cria-t-il.
J'ai fait l'impossible pour le
maintenir avec nous mais en vain. Chactas est parti
après nous avoir donné un baiser d'adieuÉ
Notre souffrance était mortelle.
Ainsi, j'ai dû continuer
ma vie seule avec Tala sous le regard et la
bénédiction de Dieu.
A
S U I V R
E ...
  
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