Monsieur,
Tout d'abord je me
présente : je m'appelle Louis Stevens, je réside au Canada, à
Québec, et j'ai de lointaines origines
indiennes.
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Bien qu'ayant
grandi dans un monde moderne, j'attache une
importance capitale à mes racines. Or,
récemment, j'ai découvert
"Le Journal de
Voyage" de
François-René de
Chateaubriand, dans
votre collection, et après lecture,
j'aimerais vous parler de son contenu qui, je dois
l'avouer, m'a surpris.
Premièrement, le terme
"sauvages", même s'il n'a pas pour but
de désigner l'Indien de manière
péjorative, est quand même porteur
d'une sorte de jugement sur la communauté
indienne, sur des pratiques peu chrétiennes
certes, mais qui, dans le cadre de vie de
l'époque, n'étaient pas
contestables.
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De même
vous - que dis-je - nous, gens "civilisés" d'aujourd' hui , avons des
défauts peu semblables à ceux des
gens de cette époque, comme par exemple
notre dépendance à l'argent, sans
omettre les choses horribles que sont prêtes
à faire certaines personnes, pour en obtenir
toujours davantage.
Ensuite, je
voulais également vous parler des points
positifs que je remarque à la lecture de cet
ouvrage. Les descriptions de Chateaubriand, notamment des paysages, sont
magnifiques : on a l'impression d'être aux
côtés de l'écrivain et de
réellement vivre ses aventures au fur et
à mesure de notre progression dans les
textes. En outre, de nombreux thèmes
concernant les indiens sont traités... Je
pense notamment au mariage, dans le chapitre du
même nom, où l'on découvre des
renseignements nouveaux et pour le moins
intéressants : là aussi la
clarté et la précision des
descriptions est surprenante. En conclusion, je
dois avouer que j'ai été
séduit par certains aspects du livre, mais
déçu par d'autres.
Je vois en cet
ouvrage un certain nombre d'éléments
tout à faits fascinants mais hélas
gâchés par un jugement hâtif de
l'auteur.
Cordialement,
Louis
Stevens.
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GRAND-CASTOR-BLANC
Monsieur le
Directeur des éditions Pléiade,
Je vous
rédige cette lettre, du fait que je suis
profondément indigné par votre
collection de textes de Chateaubriand sur les Indiens dont je fais, bien
malheureusement, partie...
En
effet "le sauvage"
que décrit
Chateaubriand n'a jamais existé. Pourquoi
- et c'est à vous que je pose la
question, Monsieur
le Directeur -
considérez-vous toujours les indiens comme
des brutes sanguinaires, assoiffées de sang,
ne pensant qu'à tuer ? Nous autres, je le
reconnais, avons de bien cruelles pratiques
guerrières, mais tout comme vous, les
occidentaux... Vous nous avez pris nos terres, nos
richesses, notre dignité et maintenant, en
publiant ce tissu de mensonges, vous nous
ôtez notre bien le plus précieux :
notre âme indienne. Ce Chateaubriand, qui sait s'il est effectivement
venu chez nous, sur les terres du Nord ?
Peut-être est-il allé chez les
Texalcoanes, sur les terres du Sud ? Ces
hommes sont beaucoup moins civilisés. Mais
nous, "les vrais
sauvages", nous sommes
des hommes, comme votre peuple de blancs, avec nos
qualités et nos défauts.
Alors, pourquoi
s'acharner sur nous ? Dire que, lors des combats,
nous scalpons nos ennemis est une idée
reçue bien occidentale. Le rituel de la
chasse à l'ours aussi. Et pourquoi tuer un
chien si on en a besoin ? Alors, moi GRAND-CASTOR-BLANC, je vous demande pourquoi les
indiens seraient des "sauvages" ?
Je vous salue
cordialement,
GRAND-CASTOR
Chef la
tribu des Walibis,
Québec, CANADA
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