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VOUS AVEZ DIT

"SAUVAGES" ?.. page 1 / 7

Textes rédigés

par les élèves de la

Seconde Canada

2003 - 2004

Lycée Saint-Etienne

Strasbourg

Reportage .Photos

Yves Clady ..©.Copyright août 2003

 

courriel clady@noos.fr

Lettres à un éditeur d'aujourd'hui à propos d'un écrivain d'hier ...

Ecrits d'invention, après lecture de textes de Chateaubriand et de Montaigne sur le Nouveau Monde ... en guise d'entraînement pour l'E.A.F., épreuve anticipée de Français / Baccalauréat. ( DST n° 1, 17 septembre 2003 ). Séquence de Français 1 : regards critiques sur l'altérité... Démontrer, convaincre, persuader...

Des Indiens canadiens, d'expression française, découvrent quelques extraits du JOURNAL DE VOYAGE EN AMERIQUE, de François-René de Chateaubriand - ouvrage réédité dans la collection Pléiade... Ils écrivent au directeur de publication de Pléiade pour lui faire part de leurs impressions...

Monsieur le Directeur de la collection Pléiade,

Je vous adresse cette lettre afin de vous faire part de quelques-unes de mes réactions, suite à la lecture du Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand. Je n'ai jamais quitté mes terres natales, mais j'ai acquis de multiples connaissances au sujet des autres peuples vivant sur Terre, grâce aux anciens de ma tribu.

Un étranger français est venu à nous, un jour, et m'a fait lire cette oeuvre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je suis tombé sur tous ces textes ! La venue d'étrangers en nos lieux se raréfie, et découvrir toutes nos coutumes décrites avec les plus grands détails par un Français est très étonnant ! Je suis très reconnaissant envers cet auteur, en particulier pour l'usage du terme "sauvages". Nombreux sont ceux qui l'emploient péjorativement, nous décrivant comme un peuple non-civilisé, "barbare", ayant pour seule occupation de faire la guerre.

Chateaubriand est la première personne qui parle non seulement de nos coutumes de guerre, mais aussi de la chasse à l'ours, du mariage, du jeu des osselets... Il a ainsi vanté dans son recueil les qualités et vertus des peuples sauvages décrits au quotidien et a fait ressortir les aspects naturels de leur mode de vie.

Au contraire d'autres écrivains, il a côtoyé quelques tribus et s'est donc inspiré de faits réels.

J'ai été terriblement touché, car, pour lui, les "sauvages" ne sont pas des monstres tuant à tort et à travers, mais plutôt des personnes vivant au contact direct de la nature.
Je suis conscient que les peintures, les cris, certaines de nos façons de chasser et que sais-je d'autre peuvent en effrayer plus d'un, mais il serait préférable que tout le monde fasse comme Chateaubriand l'avait fait lui-même : venez chez nous et vous verrez que nous vivons de manière différente, certes, mais peut-être même un peu plus civilisée que vous.

Je vous le réécris, cher monsieur, l'édition de ce livre m'a apporté une vision différente des peuples que je croyais ennemis du mien. J'en suis profondément ému et j'espère qu'il existe beaucoup d'autres personnes ayant le même esprit que Chateaubriand.

Je vous gratifie de mes plus sincères salutations. Et puis, comme on dit chez nous, " KRIZEWSKA BIBOU ! " : Soyez le bienvenu chez nous !...

Oeil de Lynx KARIBOU


Pokawe Vif Argent, de la tribu des Manitowe, quelque part au Canada

Monsieur le Directeur des éditions Pléiade,

Je vous écris aujourd'hui car je souhaite vous faire part de mon avis sur les différents sujets " indiens " parus dans le fameux Journal de voyage de Chateaubriand dont je viens d'achever la lecture. J'aimerais notamment revenir sur la nature exacte du mot "sauvage" que l'on retrouve à plusieurs reprises à travers le récit.

Je remarque néanmoins que l'écrivain est dénué de toutes mauvaises intentions à notre égard et il donne même une fidèle image de notre société. Sachez que ma tribu en a été flattée. J'ai vraiment apprécié toutes ces descriptions datant de l'ancien temps. La lecture de ce récit m'a immergé dans le monde de mes vénérés ancêtres. Surtout les passages sur le rituel sacré de la chasse à l'ours et la guerre... Les scalps montrent à quel point nous sommes un peuple courageux et brave... Malheureusement les temps actuels ne me permettent point de participer à de tels événements qui rythmaient la vie de mes lointains aïeux. Chateaubriand, pour un homme de l'époque, était sage et avisé car rares étaient les occidentaux qui nous tenaient en pareille estime. Au lieu de cela les Européens sont venus comme pour nous envahir avec leurs coutumes et leurs fusils...

Ce que vous appeliez "civilisation" a fini par dissoudre, détruire notre communauté, ce dont on se serait bien passé. Mais c'était une époque difficile...

Le sujet dont je tenais à vous entretenir est le suivant : l'emploi très fréquent du mot " sauvage(s) " dont on nous affuble. Quelle est donc la véritable signification de ce terme quelque peu injurieux si on venait à mal l'interpréter ? Serait-ce un terme des plus péjoratifs nous comparant à des barbares sanguinaires, cruels, sans foi ni loi, vivant dans un monde anarchique ? Veuillez m'excuser mais, en matière de cruauté, vous êtes plus doués que nous (en référence à la seconde guerre mondiale) et en matière de direction nous possédions nous aussi une hiérarchie bien structurée. Ou bien le terme "sauvage" désignerait-il des hommes qui vivaient en harmonie avec la nature, se contentant juste de ce que mère Nature leur offrait, par exemple des fruits " sauvages " ? Oui, vous les appelez "sauvages" mais ces fruits ne sont en aucun cas des démons ou des barbares assoiffés de sang et de plus ils sont meilleurs que ceux que vous cultivez artificiellement ... En bref, j'avouerai que le terme de "sauvage" laisse, quant à lui, perplexe dans son emploi.

J'espère que vous comprendrez mon inquiétude à ce sujet, quant à la confusion que pourrait favoriser ce mot. Je vous suis reconnaissant de m'avoir consacré un peu de votre précieux temps et vous prie d'agréer, monsieur, ma profonde et sincère amitié.

Cordialement

Pokawe Vif Argent

De Géronimo

Tipi n°5 Rue du livre ORLANDO (U.S.A.)

Monsieur le directeur des éditions Pléiade,

Je tiens à vous féliciter pour la parution du Journal de voyage de CHATEAUBRIAND . Ce livre est vraiment fantastique, car, à travers le récit de ses aventures, cet écrivain nous fait découvrir tout le côté humain de ces hommes appelés " sauvages ", mot très bien employé par l'auteur, qui, par son utilisation, se fait comprendre des Européens tout en se moquant d'eux, notamment grâce à une opposition très bien trouvée entre le mot "sauvage" (entendu par beaucoup de gens dans le sens de "barbare") et le fait que ses récits ne cessent de montrer leur "humanisme" exprimé à travers des cultes religieux, la place de chacun dans la tribu, leurs traditions... bref tout ce qui fait leur quotidien, magistralement décrit dans le livre.

CHATEAUBRIAND nous fait voyager, tant ses récits sont prenants, haletants, diversifiés, précis... Tout cela fait que l'on est dépaysé, et les descriptions de la faune et de la flore y rajoutent encore beaucoup de charme. On sent parfaitement que CHATEAUBRIAND est en pleine extase devant tant de beauté et devant ces hommes si bien intégrés à la nature. Il veut en quelque sorte nous faire la morale, sans pour autant user de son livre comme d'un outil de propagande anti-européen.

Ce livre laisse à réfléchir et nous incite à nous demander si l'intégration parfaite ne serait pas de vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure tout en le préservant ? S'ils n'ont pas raison dans le choix de leur mode de vie bien différent du nôtre ? Encore un grand bravo ! J'espère que ce livre sera beaucoup lu, car il le mérite, mais surtout bien compris par les gens, et non pas interprété dans un sens péjoratif, ce que je peux comprendre, mais ce serait vraiment navrant.

Mes plus sincères salutations.

Geronimo

Monsieur,

Tout d'abord je me présente : je m'appelle Louis Stevens, je réside au Canada, à Québec, et j'ai de lointaines origines indiennes.

Bien qu'ayant grandi dans un monde moderne, j'attache une importance capitale à mes racines. Or, récemment, j'ai découvert "Le Journal de Voyage" de François-René de Chateaubriand, dans votre collection, et après lecture, j'aimerais vous parler de son contenu qui, je dois l'avouer, m'a surpris.

Premièrement, le terme "sauvages", même s'il n'a pas pour but de désigner l'Indien de manière péjorative, est quand même porteur d'une sorte de jugement sur la communauté indienne, sur des pratiques peu chrétiennes certes, mais qui, dans le cadre de vie de l'époque, n'étaient pas contestables.

De même vous - que dis-je - nous, gens "civilisés" d'aujourd' hui , avons des défauts peu semblables à ceux des gens de cette époque, comme par exemple notre dépendance à l'argent, sans omettre les choses horribles que sont prêtes à faire certaines personnes, pour en obtenir toujours davantage.

Ensuite, je voulais également vous parler des points positifs que je remarque à la lecture de cet ouvrage. Les descriptions de Chateaubriand, notamment des paysages, sont magnifiques : on a l'impression d'être aux côtés de l'écrivain et de réellement vivre ses aventures au fur et à mesure de notre progression dans les textes. En outre, de nombreux thèmes concernant les indiens sont traités... Je pense notamment au mariage, dans le chapitre du même nom, où l'on découvre des renseignements nouveaux et pour le moins intéressants : là aussi la clarté et la précision des descriptions est surprenante. En conclusion, je dois avouer que j'ai été séduit par certains aspects du livre, mais déçu par d'autres.

Je vois en cet ouvrage un certain nombre d'éléments tout à faits fascinants mais hélas gâchés par un jugement hâtif de l'auteur.

Cordialement,

Louis Stevens.

GRAND-CASTOR-BLANC

Monsieur le Directeur des éditions Pléiade,

Je vous rédige cette lettre, du fait que je suis profondément indigné par votre collection de textes de Chateaubriand sur les Indiens dont je fais, bien malheureusement, partie...

En effet "le sauvage" que décrit Chateaubriand n'a jamais existé. Pourquoi - et c'est à vous que je pose la question, Monsieur le Directeur - considérez-vous toujours les indiens comme des brutes sanguinaires, assoiffées de sang, ne pensant qu'à tuer ? Nous autres, je le reconnais, avons de bien cruelles pratiques guerrières, mais tout comme vous, les occidentaux... Vous nous avez pris nos terres, nos richesses, notre dignité et maintenant, en publiant ce tissu de mensonges, vous nous ôtez notre bien le plus précieux : notre âme indienne. Ce Chateaubriand, qui sait s'il est effectivement venu chez nous, sur les terres du Nord ? Peut-être est-il allé chez les Texalcoanes, sur les terres du Sud ? Ces hommes sont beaucoup moins civilisés. Mais nous, "les vrais sauvages", nous sommes des hommes, comme votre peuple de blancs, avec nos qualités et nos défauts.

Alors, pourquoi s'acharner sur nous ? Dire que, lors des combats, nous scalpons nos ennemis est une idée reçue bien occidentale. Le rituel de la chasse à l'ours aussi. Et pourquoi tuer un chien si on en a besoin ? Alors, moi GRAND-CASTOR-BLANC, je vous demande pourquoi les indiens seraient des "sauvages" ?

Je vous salue cordialement,

GRAND-CASTOR

Chef la tribu des Walibis, Québec, CANADA



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