OSTWOOD 1
....OSTWOOD 2 .. OSTWOOD 3 ).. OSTWOOD 4....OSTWOOD 5.... OSTWOOD 6.... OSTWOOD 7 ..

VOUS AVEZ DIT

"SAUVAGES" ?.. page 2 / 7

Monsieur,

Avant toute chose, permettez-moi, je vous prie, de me présenter... Dans ma tribu indienne, les Chakmack, on me nomme Nakoma, fille du vent. Je vous écris cette lettre en espérant sincèrement (ou peut-être naïvement) que vous ne laisserez plus jamais publier des ouvrages dont les sources sont inventées... ou du moins erronées.

C'est avec beaucoup de surprise, je dois l'admettre, que j'ai découvert des extraits de ce livre appelé "Journal de voyage". Chateaubriand, l'auteur, je présume, y décrit les moeurs des Indiens. Bien sûr, je ne puis cacher le plaisir éprouvé à lire ces textes qui parlent en fait de gens tels que moi.

Cependant, vous vous en doutez bien, ce n'est pas simplement pour féliciter l'auteur de cet ouvrage, Chateaubriand, que je me suis empressée de vous envoyer cette lettre. Je dois vous avouer la colère que j'ai ressentie lorsque j'ai remarqué, tout au long de ma lecture, que Chateaubriand ne cessait de nous qualifier de "sauvages". En fait, je me suis aussitôt sentie insultée et vexée à la fois. Car, même si cet auteur parle d'une autre tribu, lorsqu'il emploie le terme "sauvages", il s'agit tout de même d'indiens tels que mes frères de sang et moi-même !

 

 

Comment cet auteur français peut-il donc se permettre de nous appeler "sauvages" ? En quoi ma tribu et moi-même sommes-nous des "sauvages" ? Par nos manières de vivre qui sont différentes des vôtres, peut-être ! Permettez-moi de vous dire, monsieur le Directeur, que, tout comme vous, nous avons du sang rouge ; tout comme vous, nous savons ce que sont la tristesse, la colère et la souffrance ; tout comme vous, enfin, nous sommes des êtres humains ! Qu'est-ce qui peut bien vous choquer à ce point pour que vous nous traitiez ainsi de "sauvages" ?

Nous sommes nés dans la nature et avons appris à y vivre... ou plutôt à y survivre ! Si ce sont les habitants de la forêt que vous appelez "sauvages", alors nous sommes bel et bien des "sauvages". Mais ce qui est sauvage n'est-il pas parfois meilleur que ce qui n'est que production artificielle ? Allez dans la forêt et goûtez-y donc ses fruits ! Avez-vous déjà savouré quelque chose de meilleur ? Ne me dites pas "oui" car ce serait là faire preuve de mauvaise foi et je ne vous croirais donc pas !

 

Nous sommes tous, votre peuple comme le mien, nés dans la forêt... La seule différence est que vous l'avez détruite et remplacée par des pierres immenses dans lesquelles vous semblez parvenir à vivre, alors que nous avons appris à aimer la forêt, ses animaux et ses fruits ! Pour vous, l'étranger ne peut porter le nom d'"homme" que s'il vous ressemble et réfléchit de la même manière que vous ! Marchez dans nos pas et vous comprendrez que nous ne sommes pas des "sauvages". Réfléchissez bien et vous découvrirez alors peut-être que les sauvages... c'est vous !

Permettez-moi de m'expliquer ! Regardez vos vies à tous ! Vous vous faites la guerre pendant des années, ne vivez pratiquement plus en communauté, restant toujours cloîtrés dans vos cabanes faites de pierres, et vous doutez de tout ! A présent, faites le vide en vous et réfléchissez bien... Ne vous est-il donc jamais arrivé d'envier notre vie de "sauvages" ? De souhaiter ne plus travailler ? De ne plus, enfin, être obsédé par ce que vous appelez "l'argent" ?

 

Relisez (car je suppose que vous l'avez déjà lu ) le récit de voyage de Chateaubriand. Regardez donc la vie que nous menons ! Nous ne vivons que de plaisirs naturels tels que les jeux - comme le jeu d'osselets. Nous aimons les mariages plus que tout, car tout le monde y participe, étant donné que tout le monde se connaît. Nous aimons naviguer sur le lac Erié et chasser l'ours à la venue de l'hiver. Nous aimons chanter et danser. Nous ne faisons la guerre qu'en cas d'extrême nécessité. Nous aimons observer le "poisson d'or", animal carnivore malgré sa grande beauté extérieure, dans l'eau claire de nos rivières naturelles...

Que pensez-vous vraiment de nous ? Sommes-nous toujours aussi "sauvages" que vous le pensiez avant la lecture de cette lettre ? Je ne l'espère pas car cela signifierait que cette lettre aura été vaine...

Reconsidérez nous encore, monsieur le Directeur, et vous découvrirez notre réelle nature. En espérant ne pas vous avoir fait perdre trop de votre précieux temps, veuillez agréer, monsieur le Directeur, mes sentiments les plus sincères.

Nakoma

 

Monsieur,

Je me nomme Onotawo. Indien d'origine, j'ai quitté mon Canada natal pour venir m'installer en France, en raison d'une mutation dans le secteur scientifique.

Je tiens à vous manifester mes sentiments suite à la parution des articles traitant de l'univers indien, dans le numéro 156 de votre magazine littéraire, et à vous éclairer un peu plus sur ce sujet.

Mes origines ne me permettent pas de rester indifférent au terme que vous employez pour qualifier les Indiens, mes frères. Le terme "sauvages" est en effet un mot bien mal adapté. Vous avez sans doute dû procéder à de nombreuses recherches pour recueillir des informations aussi complètes que justes à notre sujet : mariage, jeu des osselets, déclaration de guerre... Et je vous suis totalement reconnaissant de l'intérêt que vous manifestez à notre culture.

Mais j'estime que vous, les Européens en général, traitez trop souvent de "sauvage" ce qui vous est inconnu et étranger.

 

Il est vrai que les pratiques des Anciens apparaissent comme étant des mesures barbares... Cependant, vous ignorez sans doute que cela fait partie des mythes et du patrimoine des Indiens, lesquels n'ont jamais eu leur vraie place dans la société et n'ont ainsi pu être estimés à leur juste valeur.

Les hommes ont fait de l'Indien une caricature de "sauvage" et de barbare sanguinaire...

Comparez donc ces anciennes pratiques aux actes criminels commis dans le monde actuel : la société n'a pas évolué !

Je vous laisse méditer ces propos...

Avec mes sentiments respectueux,

Onotawo

 

 

Monsieur,

J'ai achevé il y a peu la lecture du Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand, publié par votre maison d'édition. J'en retiens une chose : vous, les Européens, nous appelez "sauvages". Entendriez-vous par là que nous sommes "dangereux" ?

En effet, nous guerroyons entre peuplades, mais n'est-ce pas ainsi que vous-mêmes réglez la plupart de vos désaccords ? La pratique du scalp est bien moins horrible que tous les engins de mort en usage dans vos pays soi-disant civilisés. Nos combats, qualifiés de violents et de sanglants parce que nous formions une "mêlée", ne sont-ils pas moins traîtres et moins lâches que vos affrontements où la force , l'habileté et la vivacité du guerrier n'ont rien à voir avec son efficacité réelle ?

Peut-être sommes nous "primitifs" à vos yeux. Notre façon de chasser rapporte sans doute moins de gibier au village que la vôtre. Mais, encore une fois, la lâcheté prend le dessus lorsque vous usez de vos fusils, sans laisser la moindre chance à votre proie, sans prendre un quelconque risque, sans même prendre soin d'apaiser l'esprit du gibier dans l'au-delà !

Ou peut-être encore pensez-vous à des "fous" en employant le mot "sauvages" ? C'est ainsi que vous nous considérez en nous voyant traverser un lac dans une frêle embarcation d'écorce. Le vrai terme, dans ce cas, pour nous qualifier, serait plutôt " courageux ".

 

Monsieur, je crois que nous, les Indiens, ne sommes ni plus dangereux, ni plus primitifs, ni plus fous que vous, les Européens. Notre mode de vie est différent, cela va de soi, mais, alors que nous vivons en communion avec la nature, vous la repoussez sans cesse en vous contentant de vos aliments artificiels, ce qui entraînera assurément votre perte.

Un Huron

 

De John Takka,

descendant de la tribu des Caughnewagas

 

Monsieur le Directeur,

Je m'appelle John Takka, je vous écris du Québec pour vous faire part de mes réactions, à propos du Journal de voyage en Amérique de Chateaubriand. Le livre m'a impressionné pour ses descriptions si réalistes. Les interprétations des traditions ancestrales indiennes y sont excellemment bien retranscrites ! J'y ai retrouvé totalement les cérémonies et rites qu'utilisaient autrefois mes ancêtres. Ce récit m'a permis de me plonger dans la vie quotidienne de mes aïeuls. Chateaubriand parlait de mes racines avec respect, voire avec admiration.

Je pense particulièrement à sa description de l'Iroquois. Il considère ce dernier comme un champion, un être dur comme le roc, agile comme un tigre et doté d'un courage incommensurable. L'auteur exprime dans cette partie son admiration, face au physique que les gens de son temps appelaient "sauvage".

 

Chateaubriand fut donc apparemment enchanté par ce nouveau continent et ses habitants. Il considérait les Indiens comme des êtres humains à part entière, des êtres proches de la nature. On voit qu'il s'intéressait grandement à notre culture, à notre style de vie. Il dut être surpris de l'accueil de l'étranger chez les indiens. Une fois sous la protection du maître de famille, plus rien ne pouvait lui arriver.

Les paysages du Grand Nord l'inspiraient beaucoup aussi. Cette vie simple, comparée à la vie européenne, dut l'impressionner grandement.

N'importe quel lecteur ou lectrice de ce livre ressent le respect exprimé par Chateaubriand et c'est pour cela que je vous félicite, monsieur le Directeur, de publier encore et toujours ce livre.

Avec mes plus sincères salutations,

John Takka

 


 


Extraits du Journal de Voyage en Amérique, de Chateaubriand

Michel Eyquem dit "Montaigne" : vous avez dit "barbares" ?


.....Page d'accueil du Réseau Pléiade


Textes rédigés par les élèves de la Seconde Canada 2003 - 2004...Lycée Saint-Etienne... STRASBOURG

Reportage .Photos

Yves Clady ©.Copyright août 2003


S U I T E


OSTWOOD 1
....OSTWOOD 2 .. OSTWOOD 3 ).. OSTWOOD 4....OSTWOOD 5....

OSTWOOD 6.... OSTWOOD 7

courriel.. clady@noos.fr