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VOUS AVEZ DIT

"SAUVAGES" ?.. page 2 / 7

Lettres à un éditeur d'aujourd'hui à propos d'un écrivain d'hier ... (suite)


Monsieur,

Je voudrais vous confier que mon opinion sur le Journal de Voyage de Chateaubriand est mitigée.

Je suis d'une part ravi de découvrir que Chateaubriand dépeint si bien nos coutumes ancestrales. Il décrit les Indiens avec justesse, respecte nos traditions et les retranscrit parfaitement. Il montre que nous sommes une population digne qui assume ses croyances et ses savoirs.

Je trouve que ce qu'il en dit est positif : en effet nos croyances et nos savoirs sont diffèrents de ceux des Européens, mais il les met en avant, montrant un peuple respectueux et qui obéit à ses lois. Il nous qualifie d'hommes robustes affrontant le danger pour la patrie, nous sacrifiant pour ceux qu'on aime et qu'on défend, mais aussi d' hommes sages et intelligents, capables d'apprendre à manier parfaitement n'importe quelles armes.

Grâce à cela, il nous présente comme un peuple régi par des lois et docile, comme des "sauvages civilisés".

Justement, revenons à ce terme de "sauvages". Je trouve que son emploi est abusif et péjoratif. Le mot " sauvages " dénigre et contredit les points positifs du journal.

Ainsi, nous devrions être des ermites, repliés sur nous-même, détestant la compagnie des autres hommes, alors que Chateaubriand nous présente comme des gens hospitaliers et bienveillants à l'égard des étrangers. Chateaubriand se contredit-il, ici ? Je ne le crois pas : peut-étre, par le mot "sauvages", désigne-t-il des hommes qui vivaient dans la nature et de la nature, ce qui est tout à fait vrai.

Par contre , je trouve qu'il nous décrit trop comme des guerriers sauvages et sanguinaires, qui se battent sans aucune raison, alors que c'est faux : les indiens défendent dignement leurs territoires et ne déclarent la guerre que si leur tribu est offensée. Mais, en effet, nos rituels peuvent paraître saugrenus et parfois même barbares.

Respectueusement

Tinitoratorie de la tribu des Caloguises


Monsieur,

Je vous écris cette lettre après avoir eu l'occasion de lire le Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand, que vous éditez dans votre collection. Je suis moi-même un descendant de ce que vous autres, Européens, appelez " Indiens ", voire " Sauvages ".

Je vis près de Québec, au Canada. J'aimerais réagir par rapport au contenu de cet ouvrage décrivant la vie de mes ancêtres. Je voudrais tout d'abord remercier l'auteur pour la justesse de ses propos. Je ne connais malheureusement pas cet homme et je ne sais donc pas s'il est encore vivant, ni s'il a déjà été au Canada. Simplement, ses descriptions de nos coutumes et de notre ancien mode de vie me permettent de croire qu'il a déjà vécu au contact d'une véritable tribu indienne. Ses explications sont vraiment fidèles à la réalité, ou du moins à celle d'il y a deux siècles et plus. Il raconte par exemple le déroulement de nos cérémonies de mariage exactement comme me l'avait raconté mon grand-père lorsque je n'étais encore qu'un enfant. Ses textes sont en plus empreints d'une telle poésie que les larmes me sont venues au yeux à plusieurs reprises, notamment après avoir lu ses descriptions des régions canadiennes.

Toutefois, il utilise de manière abusive le terme péjoratif "sauvages" pour désigner mes ascendants, malgré tout le respect qu'il semble leur porter. Je dis de manière " abusive ", car il ne me semble pas que notre civilisation soit plus sauvage ou barbare que d'autres, en particulier la vôtre. Comment un homme tellement poétique, aux propos enchanteurs, a-t-il pu à ce point se tromper sur notre tempérament ? Il a pourtant remarqué le respect que nous témoignons à nos anciens et à leur sagesse. Je vous serais reconnaissant de me transmettre une explication à ce phénomène quelque peu irritant.

Il me semble également important de parler du passage du Journal décrivant nos coutumes guerrières. Monsieur de Chateaubriand semble avoir été choqué par la férocité de nos affrontements. Mais n'en va-t-il pas de même pendant vos combats ? Seuls la préparation à la bataille et nos rituels de guerre semblent différer entre nos deux peuplesŠ Mais nos attitudes sur le champ de bataille et ce qui en résulte (à savoir du sang et des cadavres) sont identiques des deux côtés de l'océan...

Je vais conclure ce courrier en remerciant une dernière fois l'auteur, qui a fait un travail vraiment remarquable. L'emploi, que je conteste, du mot " sauvages ", n'enlève malgré tout presque rien au charme du livre.

Salutations distinguées,

Un descendant de la tribu des Mains Rouges

 

Monsieur l'éditeur,

Je me prénomme Winnetou, chef des Apaches, le plus valeureux guerrier de toutes les tribus. J'ai trouvé, en me promenant près des " Montagnes Rocheuses ", le Journal de voyage d'un certain François-René de Chateaubriand. Après l'avoir lu longuement, je voudrais rectifier certains aspects qui me semblent incongrus, et tout particulièrement la répétition abusive du mot " sauvages ". Je souhaite aussi vous faire part de mes réactions...

Dans le texte consacré à " l'Iroquois ", Chateaubriand définit ce dernier comme une personne indomptable car il ne craindrait pas la douleur. C'est faux ! Les Iroquois la craignent, mais on leur apprend à souffrir en silence, à devenir des hommes très tôt et à maîtriser les armes. "Indomptables" n'est pas le terme juste : "hargneux" serait plus approprié. Les Iroquois sont très disciplinés : c'est ce qui fait leur force.

En ce qui concerne le chapitre sur " l'Hospitalité ", je n'ai rien à redire.

Pour " la chasse de l'ours ", M. François-René de Chateaubriand utilise le mot "sauvages" . Pourquoi ?! La technique utilisée par les prétendus "sauvages", l'encerclement, est aussi utilisée par les Européens. Ils se sont même inspirés des Indiens.

Pour " la demande en mariage ", il est abusif d'affirmer que les méthodes des Indiens sont très rustiques, alors que c'est faux. J'ai assisté à la demande en mariage d'un Européen. Elle est triste. Chez Nous, c'est plus gai : on offre des présents, on se revêt de nos plus belles tuniques...
Je trouve que l'écrivain a très bien expliqué la scène du mariage. Il n'a pas du tout utilisé le mot "sauvages", pour montrer que l'on est des personnes civilisées, comme les autres.

Je ne m'attarderai pas sur le "jeu des osselets", jeu très réputé chez Nous.

"Combats chez les sauvages". Ce titre ne m'enchante guère ! Nous avons des façons de combattre et des pratiques épouvantables, selon les Européens, notamment le scalpage. Mais cette "pratique" nous est enseignée dès notre plus jeune âge, car c'est une tradition. Lorsque les Européens tuent, avec ce qu'ils appellent des canons, c'est pour nous une forme de lâcheté. Ils attaquent à distance et ont peur de se battre en hommes. Mais ils causent le même nombre de morts, sinon davantage... C'est pourquoi, après avoir lu ce passage du livre, je compte les Européens parmi les vrais " sauvages ".

J'espère qu'après avoir lu cette lettre, vous aurez une meilleure opinion des Indiens, et peut-être publierez-vous une documentation sur Nous avec les termes appropriés.

Winnetou, chef des Apaches


Monsieur,

je me permets de vous écrire car je viens de parcourir un dossier contenant des textes de Monsieur de Chateaubriand portant sur les Indiens. Etant moi-même de parents Indiens, je voudrais vous faire part de mes impressions concernant ces récits. J'aimerais tout d'abord féliciter Monsieur de Chateaubriand pour l'exactitude et le réalisme avec lesquels il a composé ses textes :

culture, coutumes et autres faits relatés sont d'une étonnante justesse. Il essaie de refléter, je pense, par ces textes, la sagesse, le courage et la vertu de mon peuple, ce qui est tout à son honneur. Il permet d'éradiquer, en partie, les préjugés et clichés auxquels peuvent recourir certaines personnes en parlant d'une peuplade mal connue ; il montre que les êtres cruels n'étaient pas les Indiens mais bien les colons qui nous ont chassés. En parlant de notre hospitalité, il prouve à quel point nous sommes des êtres humains comme les autres et non des bêtes. Il révèle clairement l'importance, pour l'étranger, de la protection de l'enfant et du respect dû à chacun, dans notre communauté comme envers nos ennemis.

 
Je vais, maintenant, évoquer le seul point négatif des textes. Je trouve que l'auteur a trop mis en relief l'aspect guerrier de nos tribus. Le fait de savoir qu'un Indien tranche le crâne du vaincu peut paraître effrayant, de ce point de vue. Qu'un Iroquois n'ait point peur des armes occidentales ou que le vermillon soit une couleur très utilisée ne fait pas de nous des machines à tuer. De même l'emploi du mot "sauvage" est un peu excessif, par exemple dans le titre "Combat chez les sauvages".

Je tiens, quand même, à remercier Monsieur de Chateaubriand qui a fait, selon moi, un superbe travail.

Salutations distinguées,

Irocco



S U I T E

 


Extraits du Journal de Voyage en Amérique, de Chateaubriand

 

Michel Eyquem dit "Montaigne" : vous avez dit "barbares" ?


 

S U I T E

Pages rédigées par E.D. et M.B
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