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VOUS AVEZ DIT

"SAUVAGES" ?.. page 2 / 7

Lettres à un éditeur d'aujourd'hui à propos d'un écrivain d'hier ...

Celui-Qui-Plane-Au-Dessus-Des-Nuages........................

Tribu de Caughnewagas............Québec

.........A Mr l'éditeur de la collection Pléiade

......... 3 Avenue des Champs Elysées,

......... Paris / France

Bonjour Monsieur l'éditeur,

Je vous rédige cette lettre pour vous faire part de mes impressions, face aux textes de Chateaubriand que vous avez publiés.

Je pense que Chateaubriand, malgré le fait qu'il est européen, s'est bien renseigné sur la culture des indiens ainsi que sur leurs traditions. Ses textes décrivent bien nos manières ancestrales de nous marier, de faire la guerre, de chasser, mais je trouve que l'emploi du mot "sauvages" est abusif et démesuré. Abusif car c'est le seul terme qu'emploie Chateaubriand pour nous désigner. Nous autres, les Indiens d'Amérique, sommes des êtres humains ayant une civilisation, certes différente de la vôtre, mais nous sommes vos égaux et non vos inférieurs. Nous pratiquons la chasse et la pêche pour vivre, vous le faites pour vous distraire et vous divertir. Si les Européens pensent que les Indiens sont des sauvages, alors qu'ils aiment et respectent la nature, les Européens qui saccagent les forêts et polluent les rivières sont encore plus sauvages que nous.
Si être "sauvage" signifie pour vous vivre en symbiose avec la nature, nous le sommes en effet. Cependant, pour nous, le terme "sauvages" désignerait plutôt ceux qui saccagent la nature, ce qui vous concernerait déjà plus, vous, les blancs. C'est également ce que souligne Montaigne, qui utilise le terme "sauvages" à notre avantage, en dénonçant la bêtise des Européens. Vous connaissez désormais ma façon de penser et j'ai été très gentil.

Je ne vous salue pas,

Celui-Qui-Plane-Au-Dessus-Des-Nuages

Monsieur,

Je vous écris pour vous faire part de ma pensée à propos de l'oeuvre de M. de Chateaubriand que vous avez publiée. En effet, j'ai été agréablement surpris de la précision et de la fidélité avec lesquelles cet écrivain évoque nos coutumes passées. Je souligne ce point car je crois que nos coutumes, nos rituels, font partie de notre histoire et il est important que l'on sache comment vivaient mes ancêtres. Je le félicite pour cela ...

Toutefois, un détail me contrarie fort. Tout en avançant dans ma lecture, j'ai constaté avec consternation que l'image des mes aïeuls prenait la forme de guerriers sanguinaires non-civilisés. M. de Chateaubriand utilise sans cesse le mot " sauvages " pour nous décrire. Mais n'étions-nous pas plus que des " sauvages " ? Nous étions des êtres humains, après tout, peut-être moins "avancés" que vous dans nos moeurs et par rapport à la " technologie " de ce temps, car nous vivions très près de la nature. Nous en prenions soin et il aurait été inconcevable pour nous de détériorer celle-ci comme vous, les "Blancs", le faisiez à l'époque de Chateaubriand.. Aucun des nôtres ne méritait d'être qualifié de la sorte.

Et cette manie d'exagérer nos rites vis-à-vis de nos ennemis et des animaux que l'on tuait !

Certaines personnes pourraient nous croire beaucoup plus insensibles que nous ne l'étions. Certes, le fait que nous scalpions les ennemis vaincus pourrait sembler quelque peu "barbare". Mais du moment que ceux-ci étaient morts, pourquoi ne pas rapporter une preuve de notre victoire ? Quant aux animaux, il fallait bien se nourrir. Cela ne posait pas de problème puisque nous leur réservions un rite pour que leur âme repose en paix.

Pour revenir au terme " sauvages ", nous avions pu bénéficier des bienfaits de la nature pendant que vous, vous vous évertuiez à la détériorer.
Pourquoi nous appeler " sauvages " alors qu'il n'y avait pas plus pacifistes que nous sur terre ? Il est normal, vous le concevez sûrement, que si quelqu'un vous attaque, vous ripostiez !

En conclusion, je dirai qu'il est inadmissible qu'un tel mot soit employé pour désigner un être dont le seul et unique tort est de vivre dans la nature différemment de vous.

Je vous fais part, monsieur, de mes salutations distinguées.

Mahawi


Québec, le 11 septembre

Cher Monsieur,

Je me permets de vous écrire afin d'attirer votre attention sur quelques unes des réflexions que je me suis forgées après la lecture du Journal de Voyage de Chateaubriand. Ne pouvant faire part de ces pensées à l'auteur lui-même, je laisse le soin à vous, éditeur de la collection Pléiade, de lire ces quelques lignes.

Moi-même indien du Québec, j'ai retrouvé à travers cet ouvrage un grand nombre de nos coutumes, rituels et procédés. L'auteur permet à ses lecteurs de s'imprégner d'une partie de la culture indienne. A travers ses lignes, il fait voyager l'intéressé au coeur de la civilisation indienne en lui révélant notre mode de vie. L'on peut alors apprendre avec quel intérêt nous chassons l'ours, comment nous célébrons le mariage ou encore comment nous déclarons la guerre à autrui. La description des personnages permet aussi de mieux nous "visualiser". Tout cela permet donc de dévoiler les nombreuses pratiques de la vie indienne.

Cependant, nous qui sommes très hospitaliers, ne voulons peut-être pas tous faire connaître au reste du monde certains faits ; ou alors nous souhaiterions que certaines coutumes soient plus amplement expliquées. En effet, la description de traditions comme le scalpage n'est pas, à mon avis, assez développée. Cette pratique qui, j'en suis d'accord, peut choquer beaucoup de personnes, est tout simplement "expliquée" en deux ou trois lignes... Mais aucune de nos raisons d'agir n'est clairement formulée, si bien que nous passons pour des barbares que nous ne sommes point.

 
Par ailleurs, j'ai particulièrement désapprouvé l'emploi du terme "sauvages" durant la lecture de cet ouvrage. Qu'est-ce qui nous semble "sauvage" ? Tout ce qui ne nous ressemble pas et n'agit pas de la même façon. Or, si l'on vous désignait par ce mot, je doute que vous l'appréciiez. Personne, dans le monde, n'a la même façon d'agir et de penser - mais, pour notre part, nous ne traitons pas pour autant les autres de "sauvages"...

Nous menons certes une existence bien différente de la vôtre et je suis tout-à-fait pour un brassage des cultures, mais il faudrait pour cela savoir aussi respecter nos différences et ne pas appeler "sauvage" une personne qui ne l'est pas. En effet, si l'on considère bien les réalités, nous sommes tous étrangers car chaque être humain est unique.

Sincères salutations,

Fitiko SHOURAN


Cher monsieur,

je me présente : je suis Chien-Jaune, fils cadet de Cheval-Blanc, chef de la tribu des Pieds-Plats. Suite à ma découverte du Journal de voyage écrit par M. de Chateaubriand, je me permets de vous faire part de mes sentiments sur cet ouvrage et son auteur.

J'appréhendais cette lecture. Vous comprenez, découvrir l'opinion des Européens à notre sujet est toujours un peu troublant.

Puis, j'ai trouvé cela très intéressant : je pense, en effet, qu'il est très instructif de découvrir les coutumes d'autrui, parce que la connaissance de l'autre est très enrichissante pour soi-même.
C'est pour cela qu'une rencontre avec M. de Chateaubriand serait opportune... Nous pourrions notamment converser du terme "sauvage", car je crois qu'en France ce terme est péjoratif, puisque vous appelez "sauvages" tous les peuples dits "non-civilisés".

Or, à travers ce journal, M. de Chateaubriand démontre le contraire. D'ailleurs j'ai été agréablement surpris. Les coutumes décrites par votre "journaliste" sont véridiques, mais j'aimerais cependant corriger une grande erreur. M. de Chateaubriand a rapporté dans son journal les coutumes d'une seule tribu, les Pieds-Bleus. En effet, la plupart de ces coutumes sont communes à toutes les tribus. Cependant, il existe quelques dissemblances entre elles.

Ainsi, chez nous, la demande en mariage est un peu différente. Les jeunes filles et les jeunes hommes n'accompagnent pas respectivement la future femme et son futur conjoint, mais c'est la mère - ou à défaut une soeur - qui conduit le fiancé jusqu'à la hutte du chef de village. Ce dernier est à la fois notre patriarche et notre prêtre. Les fiancés doivent avoir son consentement, avant celui des parents.

Arrivés dans la hutte, les femmes s'assoient à gauche et les hommes à droite, car, chez nous, la gent féminine est séparée des hommes. Une seule femme "échappe" à cette règle : l'accompagnatrice du futur époux. Ce cas est exceptionnel : c'est le seul moment dans toute la vie d'une femme où celle-ci peut s'y résoudre. Nous pensons effectivement que lors de ces occasions importantes, les femmes et les hommes ne doivent pas être perturbés par le sexe opposé assis à proximité. Cette coutume est propre à notre tribu.

Ainsi, je vous propose de collaborer avec M. de Chateaubriand pour examiner de plus près les principes et coutumes de ma tribu, comme celles de nos "frères". En effet, je tiens à préciser l'indépendance de toutes les tribus, qui ne forment pas un seul Etat. C'est un peu comme dans la Grèce antique.

Dans l'attente d'une réponse de votre part, je reste à votre entière disposition et vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

Chien-Jaune


Cher Monsieur,

Je viens de finir la lecture du Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand, édité par vous-même, et j'aimerais vous faire part de mon bouleversement. Ce livre m'a marqué de façon indélébile.

En effet, je ne vous cache pas les sentiments forts que j'ai éprouvés lorsque je redécouvris par ces textes mes racines, mon peuple et que je me redécouvris moi-même. Je tiens vraiment à souligner la véracité de ces récits, car j'ai reconnu là les histoires que mon grand-père partageait avec moi, dans mon enfance. Il fut membre d'une tribu indienne et vécut du début à la fin la colonisation de ses terres. Et c'est avec beaucoup de précision que j'ai retrouvé son histoire dans ces écrits.

Mais j'aimerais en venir à un point qui m'a vraiment révolté. Chateaubriand fait usage, dans le but de désigner les Indiens, du mot "sauvages". C'est en effet un terme très insultant qui rabaisse les Indiens et fait passer l'Homme blanc pour un être supérieur. En fait, ce sont bien les blancs qui, pour voler des terres, ont échangé des vêtements porteurs de maladies dans le but de créer des épidémies au sein des peuplades indiennes. C'est bien la tribu entière de mon grand-père, femmes et enfants compris, qui a été massacrée par vos valeureux "cow-boys"...
C'est pour cette raison que je vous prie d'intégrer, dès lors, dans votre édition, une note portant sur la signification du mot "sauvage", soulignant bien le fait que "sauvage" désigne ici des hommes qui vécurent jusque là loin de la civilisation occidentale et de sa violence, pourrais-je même dire "barbarie", et qui vivaient près de la nature avec une philosophie qu'il faut absolument reconnaître, respecter, et peut-être même apprendre.

En vous remerciant d'avance pour votre compréhension.

Tageronetec Tileago, descendant de la tribu des Towonegawas


Québec, le Jeudi 11 septembre 2003

Monsieur,

après avoir lu un ouvrage de M. de Chateaubriand, en l'occurrence son Journal de voyage en Amérique, je tenais à vous faire part de mes impressions que je pense utiles puisqu'elles sont celles d'un homme directement concerné.

Faisant moi-même partie de la tribu des Iroquois, ce texte m'a atteint personnellement et blessé profondément. L'auteur emploie en effet à répétition le mot "sauvage" pour décrire notre tribu et mes semblables Indiens.

Certains passages sont, je l'avoue, assez flatteurs, notamment quand M. de Chateaubriand nous décrit dans la première partie de son récit comme étant des hommes robustes, très braves et musclés. Mais je pense que ce n'est en réalité qu'un moyen d'appuyer sur le fait que nous pouvons être très dangereux, en le démontrant ensuite dans son récit ! L'auteur parle très précisément de nos us et coutumes et décrit très bien la demande en mariage ou le mariage lui-même, dans notre tribu, par exemple.

Pourtant, chaque partie de son récit contient au moins une fois le mot "sauvage" et l'auteur y décrit avec un certain dédain des coutumes que vous, Blancs, Européens, ne comprenez pas ! Il y a dans son écriture comme une pointe de dégoût quand M. de Chateaubriand explique, par exemple que nous attachons un chien à un arbre pendant la chasse ! Oui, il explique que c'est une offrande, mais, au lieu d'insister sur ce fait, il montre surtout que le chien crève dans d'atroces souffrances. Pourquoi ne précise-t-il pas que vous, Européens "civilisés", pratiquiez le sacrifice il y a peu ?

Il en va de même lorsqu'il parle de nos guerres qu'il décrit comme étant cruelles, horribles, ou bien de la chasse à l'ours - en précisant bien les jeux qui nous servent à fatiguer l'animal. Mais a-t-il conscience que toutes les guerres sont horribles et dénuées de sens précis quand elles sont vues de l'extérieur ? Quant à la chasse à l'ours, les aristocrates européens ne pratiquent-ils pas la chasse à courre, qui consiste à poursuivre un animal jusqu'à épuisement de ce dernier ?

Toutes ces justifications lui donnent-elles le droit de nous traiter de "sauvages" ?

Je tiens en dernier lieu à préciser que ce ne sont pas les Indiens qui sont arrivés en territoire inconnu mais peuplé, ce ne sont pas eux qui ont coupé des arbres, construit des routes bétonnées, détruit la flore ou encore chassé sur des terres sacrées ! Ce ne sont pas eux non plus qui ont fait signer de faux accords et traités, ou qui ont voulu convertir une population entière à un autre mode de vie, à une autre religion...

C'est vous, les Blancs, les Européens, qui êtes des "sauvages", si je puis dire.

C'est pourquoi je vous demanderai de prendre en compte mon témoignage pour éviter de continuer à publier cet ouvrage qui détruit l'honneur des Indiens !

Salutations distinguées,

Magomawak


Monsieur le Directeur de la collection Pléiade,

j'ai eu le privilège de lire certains textes de Chateaubriand extraits du Journal de voyage en Amérique publié dans votre maison d'édition - et j'aimerais à présent vous faire part d'une certaine révolte qui m'anime.

Tout d'abord, il me faut vous dire que si ces écrits m'ont tellement touchée, c'est parce que je suis moi-même d'origine indienne.

Le deuxième soleil du mois des fleurs est le jour de ma venue au monde, dans la tribu iroquoise. Après avoir longuement remercié les Dieux, ma mère m'a baignée de vent et de soleil. Ma plus tendre enfance a été bercée de chants, au rythme du tambour. On m'a toujours appris à remercier notre Mère Nature par des offrandes ou des prières. Et, en grandissant, j'ai su mesurer la sagesse de mon peuple - ô combien précieuse !

Certes, toute civilisation a ses défauts, mais certaines plus que d'autres ! Par cette phrase, je ne me permets pas d'insulter votre culture européenne, mais simplement d'émettre une critique. Je ne le fais pas gratuitement, contrairement à nombre de vos compatriotes, mais parce que je pense que c'est important. Ce que j'essaie de vous dire, c'est que j'ai été choquée par le terme de "sauvage" utilisé dans les textes. Je suis parfaitement consciente qu'au XIXè siècle, il s'agissait d'un mot plus ou moins neutre. Hélas, au XXè siècle, il a une connotation péjorative. Pour des personnes sans instruction, le terme "sauvage" désigne un être non civilisé, cruel païen... C'est un mot qui fait peur.

Avez-vous alors réfléchi à l'image que ce terme nous confère ? Sommes-nous réellement des barbares, des cannibales ? Je veux bien admettre que notre peuple était avant tout guerrier, comme on le voit dans les textes intitulés L'Iroquois et la Déclaration de guerre, mais tout de même ! Notre peuple n'est pas plus sanguinaire que le vôtre !

C'est pourquoi je vous demande, si vous en avez la possibilité, de préciser, en deux ou trois lignes, que le terme "sauvage" n'était pas compris de la même manière que de nos jours, à l'époque de l'auteur. Merci de prendre en compte ma requête...

J'espère que le Grand Esprit vous sera favorable et je vous prie d'agréer mes sincères salutations.

Atala


D'autres lettres fournies sur papier - et non sur disquettes, comme prévu - paraîtront d'ici quelques jours... le temps de les mettre en page...

Donc, à suivre... avec de nouvelles photographies ( cliquez )

prises aux journées "country" de Fort Rio - Ostwood ( alias Ostwald )...

Extraits du Journal de Voyage en Amérique, de Chateaubriand

Michel Eyquem dit "Montaigne" : vous avez dit "barbares" ?


Textes rédigés par les élèves de la Seconde Canada 2003 - 2004... Lycée Saint-Etienne... STRASBOURG

Séquence de Français n° 1 : regards sur l'altérité... Démontrer, convaincre, persuader... Septembre / Octobre 2003
Reportage .Photos. Yves Clady ©.Copyright août 2003
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"Couvrir" ATALA ... Le langage des jaquettes ...

Vers d'autres écrits d'invention de la Seconde Canada 2003-2004

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