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VOUS AVEZ DIT

"SAUVAGES" ?.. page 2 / 7

Lettres à un éditeur d'aujourd'hui à propos d'un écrivain d'hier ...

De Choucatawas

1, rue des Hurons, Québec

à Monsieur le Directeur de la collection Pléiade,

Monsieur,

Permettez-moi d'abord de me présenter rapidement : je me nomme Choucatawas, ce qui constitue, ainsi que vous pouvez le remarquer, une appellation purement indienne. Je suis en effet un des rares survivants du peuple indien sur le continent nord-américain, plus précisément au Québec. J'ai la prétention de représenter mes origines, mes ancêtres, en ce qui concerne le sujet suivant.

Je vous écris cette lettre afin de partager avec vous mes impressions sur le Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand, écrit documentaire que j'ai eu le plaisir de découvrir à travers votre récente réédition. Ce livre m'a à la fois enchanté par quelques descriptions véridiques des Indiens et désappointé par des termes curieusement employés.

Tout d'abord, j'ai pu admirer sous la plume du célèbre écrivain français une objectivité générale qui n'est pas sans déplaire quand on considère les propos diffamants ou exagérés répandus par tous les voyageurs des Temps Modernes. Aussi ne critiquerai-je point cette aimable volonté d'impartialité.
Cependant, il est à déplorer que cet illustre auteur insère dans ce remarquable journal documentaire des termes affreusement péjoratifs. Je ne citerai que le terme "sauvages" qui resurgit de nombreuses fois, tant de fois répété et accentué que le lecteur pourrait accuser Chateaubriand de déprécier les Indiens tout en décrivant leurs coutumes.

Sans doute me répondrez-vous que le sens premier de "sauvage" est "homme vivant au contact de la nature". De même m'objecterez-vous qu'une personne cultivée comme Chateaubriand n'userait de ce terme que dans sa signification la plus stricte, la plus impartiale. Pourtant, les temps ont changé et la dérivation sémantique de "sauvage" a octroyé à ce mot un sens péjoratif pour la majorité de vos lecteurs contemporains. C'est pourquoi il serait sage et réfléchi de remplacer ce mot par un synonyme plus exact dans le contexte actuel afin d'éluder ce contresens et de valoriser cette oeuvre intéressante et si juste pour les moeurs indiennes. J'estime cette retouche indispensable pour préserver la véracité documentaire de l'ouvrage et ne pas entacher la mémoire de Chateaubriand.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes sentiments distingués et de bien vouloir accéder à ma requête.

Choucatawas

 

Monsieur,

Tout d'abord, je voudrais me présenter. Je me nomme Wataka et suis un indien habitant la ville de Québec. Je vous écris, car je voudrais vous faire part de mes réactions après la lecture du Journal de Voyage en Amérique de Chateaubriand.

J'aimerais essentiellement exposer mes pensées sur le terme "sauvages". En effet, cette appellation me semble péjorative pour moi qui suis un Indien. Mais qu'est-ce qu'un sauvage, pour vous les Européens ? Est-ce que, à vos yeux, c'est un être non civilisé ou peut-être même un animal ? Un être pauvre et sans culture, qui ne vit que de chasses dangereuses, armé d'instruments meurtriers ? Laissez-moi vous dire, Monsieur, que tous ces éléments, ces exercices continuels d'armes, que ce soit l'arc ou la hache, ces chasses dangereuses, celle de l'ours par exemple, font la virilité de l'homme et nous donnent à nous, les Indiens, quelque chose de particulier. Ma réaction est assez négative, car ce terme de "sauvages" que vous employez est semblable au mot "barbare".

Mais, d'un autre côté, lorsque le mot "sauvages" est employé à propos de la chasse ou des exercices, ce terme est plutôt mélioratif pour nous. En effet, on imagine des mâles très virils, de forte stature, notamment lors de la description des combats chez les "sauvages".

J'ai beaucoup apprécié les images qui nous sont données dans la description d'événements tels que le mariage ou même le jeu des osselets. Toutes ces images mettent bien en relief nos façons de vivre, nos coutumes. Ce que j'ai les plus apprécié, c'est la façon dont l'hospitalité chez les "sauvages" est décrite. En effet, l'hospitalité chez nous, les Indiens, est une de nos plus grandes vertus. La manière dont nous accueillons les étrangers dans les cabanes est bien décrite.

J'aimerais conclure cette lettre par une dernière phrase. Vous, les Européens, ne considérez pas les Indiens comme des barbares. Nous avons nos coutumes, nos façons de vivre et nos vertus, et c'est ce qui fait de nous des êtres exceptionnels...

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations les plus sincères.

Wataka

Monsieur,

je vous écris au sujet du Journal de voyage de Chateaubriand pour vous exprimer ma plus grande déception quant à l'idée générale qu'ont les gens sur les Indiens, une idée que vous contribuez à propager en publiant des textes datant d'une époque où le mépris envers les Indiens était à son comble. Ainsi, dans les pages indiennes du Journal de Chateaubriand apparaît plusieurs fois le mot "sauvage".

Oui, nous sommes sauvages à vos yeux, ou plutôt épargnés par les idées de l'Occident "civilisé". Voyez vous-même maintenant où votre "civilisation" nous a menés. La Nature, notre mère à tous, est en train de disparaître. Oui, l'humanité est plus puissante que tout sur Terre, mais cette surpuissance causera tôt ou tard la perte de votre civilisation en entraînant toute notre planète dans le gouffre. Finalement, les "sauvages", c'est plutôt vous. Vous êtes en fait un danger mortel pour la nature, comme une sorte de bactérie qui mute sans arrêt et dont les effets pathogènes sont de plus en plus graves sur cette nature dont nous dépendons tous.

Qui est "sauvage", finalement ?

Monsieur,

Je vous écris cette lettre dans le but de vous faire part de mes observations concernant "le journal de voyage" de Chateaubriand.

Je dois vous avouer que mon avis sur cet ouvrage est assez mitigé. J'ai tout d'abord apprécié la neutralité de l'auteur pour exposer au lecteur européen les coutumes et le mode de vie de mes frères. En effet, celui-ci explique clairement les faits sans ajouter de commentaires ironiques ou racistes.

Cependant, j'ai remarqué, et cela à plusieurs reprises, l'utilisation du mot "sauvage" pour désigner les diverses tribus indiennes évoquées. Cette appellation, comme vous avez dû vous l'imaginer, ne m'a pas laissé indifférent.

Je ne comprends pas ce qu'il y a de "sauvage" dans le mode de vie de mes frères. Prenons un exemple : "la demande en mariage". La coutume veut que le père du futur marié accompagne son fils dans la hutte du plus vieux parent de la jeune fille pour lui faire part de ses intentions ( son consentement étant plus important que celui du père de la jeune femme ).

Les "rituels d'usage" terminés, père et fils se rendent à la hutte de la future mariée et de sa mère, cette première ayant dû avoir de bons présages pour accepter la demande.
Pensez-vous, monsieur, que cette coutume puisse être qualifiée de "sauvage" ?

Je vais à présent prendre un autre exemple : "le jeu des osselets". Ce jeu pratiqué par les Indiens consiste à lancer des os peints dans un plat concave pour espérer obtenir la même couleur sur chaque face des "dés". Les deux adversaires sont entourés de parieurs et accompagnés de "marqueurs" représentant les "divinités protectrices".

Ce jeu est, en bien des points, comparable à ceux organisés par les Européens, qui ne sont pourtant pas qualifiés de "sauvages".

Je dois pourtant avouer que d'autres rituels indiens, telle "la chasse à l'ours", sont très cruels... Cependant ils sont aussi pratiqués dans vos contrées sans être critiqués. De même, les guerres indiennes sont terribles et sanglantes, tout comme les vôtres...

Je conteste donc le qualificatif "sauvages",attribué à mes frères, dans l'oeuvre de M. de Chateaubriand.

Temikamali

Un village près de Québec

Monsieur,

J'ai découvert et lu avec stupéfaction des extraits du Journal de voyage de Chateaubriand dans votre magazine littéraire. Indien Iroquois de la région de Québec, j'aimerais réagir positivement et négativement aux différents thèmes et termes employés dans ces passages.

En raison de votre fonction d'éditeur de la collection Pléiade, je me permets de vous adresser cette lettre.

Tout d'abord, on voit bien que l'auteur de ces textes a vécu un moment chez nous. Je n'ai aucune critique à faire de ce côté-là, car les événements sont fidèlement reflétés.
Par exemple, la demande en mariage ainsi que la cérémonie elle-même se déroulent bien de cette manière. Même la danse nuptiale est décrite avec exactitude.Mais au fil des pages j'ai été choqué par l'emploi abusif du mot très péjoratif "sauvages".

Je n'ai pas vérifié le sens exact du mot dans le dictionnaire, mais je sais qu'on ne qualifie pas un homme, un être humain de "sauvage". Cela n'a pas de sens !

J'ai lu sur ce sujet un essai très instructif d'un autre auteur, Montaigne. Il explique que le mot "Sauvage" définit un être qui vit au contact de la nature, qui apprend à s'en servir et à l'aimer sans l'abîmer. Cependant, j'aimerais qu'on n'emploie plus ce terme... C'est une atteinte à la Déclaration des Droits de l'Homme : les Hommes sont nés libres et égaux !

Or, c'est vous, les hommes soi-disant "civilisés", qui devriez être traités de sauvages ou de barbares, puisque vous ne respectez même pas la nature ! Les Européens polluent l'air avec leurs voitures et industries... Pour réparer cette injustice, j'aimerais que vous fassiez paraître un mot d'excuse à l'intention de tous les Indiens d'Amérique. Nous sommes des êtres normaux qui ont un coeur et le droit au respect.

Avec toutes mes salutations distinguées, veuillez, s'il vous plaît, satisfaire ma requête.

Un indien de la tribu des Iroquois.

 

 


Monsieur,

Je vous écris afin de vous faire part de ma réaction suite à la lecture du Journal de Voyage de Chateaubriand. Mon avis est partagé quant à ce récit et surtout face à l'ambiguïté avec laquelle Chateaubriand nous nomme "sauvages ". Cette appellation semble péjorative, ce que je ne comprends pas. Qu'est-ce qu'un sauvage, pour vous, occidentaux ? Un être non civilisé, sans culture ni bonnes manières ? Presque un "barbare"?

Mais regardez, autour de vous, la nature et les fruits restés à l'état sauvage. Ne possèdent-ils pas une beauté plus pure, une saveur plus réelle ? Peut-être est-ce vous qui méritez d'être appelés sauvages, vous qui modifiez, altérez la nature et la vie. C'est là le seul désagrément que j'ai rencontré dans ma lecture.

J'admire ainsi la manière dont Chateaubriand décrit " l'Iroquois ". Il en dresse un portrait véridique, mais surtout nous montre un homme indépendant, fier et héroïque. De même le texte, à propos de l'hospitalité des " sauvages ", montre que les étrangers sont reçus et accueillis avec tous les honneurs et égards qui leur sont dus. C'est une vertu dont nous sommes fiers et que je suis heureux de retrouver si fidèlement transcrite.

Cependant, j'ai une autre remarque à vous faire à propos du passage sur la "chasse à l'ours". Chateaubriand nous décrit une chasse dure et cruelle. Il ne montre pas tout à fait l'honneur et la noblesse de l'art de la chasse, ni tout le respect d'une tradition très importante, qui est presque un rite sacré pour nous.

Les merveilleux paysages sont forts bien restitués, permettant au lecteur d'imaginer la beauté et la splendeur de ces lieux qui n'ont pas encore été dégradés par l'homme. Nos traditions, comme le mariage, la déclaration de guerre ou encore le combat, sont assez bien décrites et donnent une idée à peu près vraisemblable de nos habitudes passées.

En définitive, cet écrit relate, d'après moi, le mode de vie des Indiens assez véridiquement, en dépit de l'emploi suspect du mot "sauvage".

Je me suis adressé à vous, monsieur, Chateaubriand étant décédé. Et je vous remercie du temps consacré à la lecture de cette lettre.

Veuillez agréer mes salutations respectueuses.

Tecaughretanego.


S U I T E

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