20 mars 2006

Journée internationale de la Francophonie
Le Réseau Pléiade a participé activement à l'événement.

Francophonie : 2006, Année Senghor

Senghor francophonie....... Nouvelles francophones


Semaine du 20 au 27 mars

Fête de l'Internet
Le Réseau Pléiade s'active pour participer, comme l'an dernier, à ces festivités. Cette page et les suivantes font partie de ses initiatives... parallèlement à son partenariat libano-français avec un autre CSF, près de Tripoli ( Liban-Nord )...

. Vivre au Caire en 1972... Une belle cérémonie.....Tribulations .. Doc Revue CSF 72, 73, 74.....Henri Boulad...Interview du P. Boulad..Louis Sans.... Xavier Fleury...... LETTRES D'EGYPTE de Pierre Teilhard de Chardin .... Former tout l'homme, former tout homme .... Robert Solé, ancien élève du CSF, journaliste-écrivain, médiateur du journal Le Monde,..... Jean Mohsen Fahmy, écrivain au Canada et ancien élève du CSF ...Henri Curiel... Site des anciens du CSF
PHÉNIX, DÉFI LIBAN

blog libano-français pour un partenariat scolaire

DÉCOUVERTE ARCHÉOLOGIQUE
Perdu dans un vieux carton, un lot de lettres datant de 1972, 1973 et 1974 vient de s'éveiller du long sommeil de l'oubli et nous livre des souvenirs plus frais que les momies les mieux embaumées, comme autant de tableaux colorés que l'on jugerait presque dignes de concurrencer ceux de la Vallée des Rois, si une salutaire bouffée d'humilité ne venait brider quelque peu l'exaltation de la découverte... Voici l'une des premières lettres dépoussiérées, dont l'auteur serait un ex-jeune coopérant français officiant il y a plus de trente années au Collège jésuite de la Sainte Famille, sis dans le quartier populaire de Faggalah, au Caire ( Egypte )... Ces documents mis en ligne donnent au Réseau Pléiade une allure de machine à remonter le temps... mais ce n'est pas de la SF ( Science-Fiction ) !
Tribulations au Moyen-Orient
(suite)

ABU SIMBEL

Le Caire, 4 janvier 1974

... je reprends la plume au sortir de l'avion qui me ramène d'Assouan où j'ai passé environ cinq jours de vacances "africaines" : soleil torride, miroitements du Nil nubien, rythmes des tams-tams dans les ruelles aux senteurs d'épices, sans oublier la peau sombre des autochtones. J'ai donc trouvé là tout l'exotisme souhaitable et un climat dont je n'aurais pas bénéficié en cette saison à Chypre ou au Liban, que je préfère découvrir au printemps prochain... La situation actuelle, au lendemain de la guerre d'Octobre, n'empêche nullement les touristes de revenir en masse. Allemands, Français, Italiens, Grecs et Libanais ont littéralement envahi la Haute-Egypte. Ils ne s'attardent pas au Caire où règne toujours le black-out : musées fermés, accès interdit à certains quartiers et appareils-photos prohibés.

A Assouan, j'ai passé les trois quarts de mon temps sur l'eau : barque, felouque, hydroglisseur... 1000 kms franchis en hydroglisseur sur le Lac Nasser, derrière le barrage : 500 kms pour me rendre à Abu Simbel, 500 kms pour en revenir. Dix heures de voyage et 2h.30 de visite. Une bonne et pleine journée qui a commencé à 4 heures du matin, après une nuit de réveillon passée à regarder un spectacle de danses nubiennes, en buvant... de l'eau ! C'était la Saint-Sylvestre... 1974 a donc commencé pour moi sous le signe grandiose d'Abu Simbel, monument colossal "démonté" il y a quelques années pour être reconstruit 64 mètres plus haut, à cause de la "crue" du Nil transformé en lac par le haut-barrage. Même la "montagne" à laquelle s'adosse le temple a été reconstituée, artificiellement. J'en ai vu les fondations : l'amoncellement de rocs repose sur un énorme "ballon" en béton, où l'on peut circuler grâce à un dédale de galeries et d'escaliers. Cette énormité s'accorde bien au paysage superbe, sauvage, fait de montagnes rocheuses qui bordent le lac Nasser, lequel est d'un bleu intense, puisqu'il reflète un ciel vierge de tout nuage

Abu Simbel s'élève à quelques kilomètres de la frontière soudanaise, donc au fin fond de l'Egypte, loin de toute vie apparente... On se demande comment les égyptiens de cette lointaine époque pouvaient survivre dans ce désert. Il est vrai que la proximité du Nil permettait la pêche et un peu d'agriculture, mais tout de même... En tout cas, on se croit au bout du monde...

Après cette randonnée dans un univers aux paysages lunaires, digne des meilleurs romans de Jules Verne, j'ai retrouvé le confort de mon lit d'hôtel avec un plaisir certain, car je n'avais pas dormi depuis 48 heures, dont dix heures à bord d'un hydroglisseur pour une traversée certes passionnante mais fatigante, d'autant plus que j'avais pour voisins immédiats des Italiens volubiles et des Allemands braillards, sans oublier leurs gamins turbulents - bref, de quoi constater une fois de plus que, dans sa conception évolutive de l'humanité vers quelque point Oméga, Teilhard de Chardin n'a pas tenu compte des phénomènes régressifs liés à l'extension du tourisme grégaire... Abominable fléau que ces déplacements par troupeaux entiers, sous la conduite de bergers dont la houlette s'avère taillée dans un bois ni fin ni pur - somme toute fort grossier... En tout cas, contrairement à une pluie de sauterelles, ces invasions apportent à l'Egypte sa principale ressource, à savoir une bonne floppée de devises étrangères nécessaires à son développement - ou du moins à sa survie...

Le retour au Caire fut l'occasion de vivre une nouvelle aventure... Avec une approximation très locale et une confiance inébranlable dans l'appui des dieux, le bureau d'Egyptair, à Assouan, enregistra, pour le vol du jeudi 3 janvier au soir, un nombre de passagers supérieur à celui des places disponibles ! Bien sûr, on ne s'en aperçut qu'à l'aéroport, au moment de l'embarquement ! Il fallut donc affréter dare dare un avion supplémentaire et bulgare, où les hôtesses bulgares, ne parlant que le bulgare, nous servirent un thé bulgare avec une mauvaise grâce que je me garderai bien de qualifier de bulgare, n'ayant jamais posé les pieds en Bulgarie...

Pour comble de malchance, mes compagnons de bord n'étaient autres que les énergumènes déjà subis sur l'hydroglisseur... Les aléas de ce départ à l'orientale n'étaient pas faits pour les calmer, bien au contraire !... L'affaire se corsa lorsqu'on nous apprit que les bagages - dûment étiquetés - avaient été égarés entre Assouan et l'aéroport, distants de 15 kms, par un chauffeur qui ne connaissait pas le chemin ! Enfin, chauffeur, camion et bagages ayant été rattrapés sur la route de Khartoum et remis sur la bonne voie, nous pûmes enfin décoller avec à peine une heure de retard - ce qui est fort peu, ici, tout compte fait.

Le froid me surprit au sortir de l'avion, sur la piste de l'aéroport international du Caire. Il faisait nuit et un vent glacial nous venait du désert... Les quelques mètres à franchir au travers de ce souffle polaire jusqu'au hall d'attente a suffi, semble-t-il, à me refroidir, puisque ce matin je me retrouve fortement enroué.

J'allais oublier de préciser qu'entretemps, c'est-à-dire le 31 décembre à minuit, mon temps de service dit "militaire" a pris fin. Je suis donc revenu à la "vie civile" en admirant les prouesses de quelques danseurs en transes, au rythme effréné des tambours à peau de gazelle... J'avoue que la différence ne m'apparaît guère dans l'immédiat... sauf que mon salaire s'en trouve sensiblement relevé...

 

Liban, Syrie...

Le Caire, 23 juin 1974

...je débarque tout juste de l'avion qui me ramène de Damas. J'ai donc enfin pu visiter le Liban et la Syrie. Je vous raconterai une autre fois le voyage "aller" en bateau, d'Alexandrie à Beyrouth... Ce fut tout simplement épique...

J'ai sillonné le petite république libanaise jusque dans ses moindres recoins. C'est un pays en pleine expansion économique, fortement occidentalisé - jusque dans ses prix, hélas !... J'étais logé à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. J'ai pu me promener dans le Liban-Sud, juste avant la reprise des bombardements israéliens, dont j'ai entendu parler à mon arrivée en Syrie.

De DAMAS, j'ai gagné aussitôt BOSRA, petit village proche de la frontière jordanienne, où subsiste un magnifique amphithéâtre romain, le mieux conservé au monde, paraît-il... Pour m'y rendre, j'ai traversé 100 kilomètres de zones militaires, au pied de l'Hermon, à 60 kms de Kuneitra où se déroulaient encore des combats il y a quelques jours. Bien sûr, j'ai subi des contrôles routiers, mais je n'ai pas été "inquiété" par les autorités locales... Cela me change de l'Egypte, où, par les temps qui courent, il faut prendre garde à ne pas mettre ses pieds n'importe où. En Syrie, aucun ennui. Mais si j'avais photographié tout ce que j'ai pu voir en cours de route, des convois de chars, des camps retranchés, des batteries aériennes "camouflées" et même des bases aériennes réparties un peu partout... alors là peut-être les ennuis n'auraient-ils pas manqué...

En tout cas, si vous n'êtes pas considéré comme un espion, les Syriens sont très accueillants et se dépensent en prévenances de toutes sortes pour agrémenter le mieux possible votre séjour. Très étonnant. Je ne m'y attendais vraiment pas, croyant trouver au contraire la méfiance et l'hostilité... Je n'ai pas rencontré un seul touriste... A PALMYRE, au coeur de la Syrie, j'ai découvert des hôtels vides, dont les gérants se disputèrent mes faveurs à ma descente de taxi.

PALMYRE est une oasis située au milieu d'une zone désertique splendide. Là on peut visiter les vestiges de l'antique Palmyre, métropole romaine dont les restes ( colonnades, temples, théâtres, avenues, maisons, tombeaux...etc... ) s'étalent sur plusieurs kilomètres carrés. C'est sûrement ce que j'ai vu de plus beau après les monuments égyptiens... La vieille cité était encastrée dans un cirque montagneux grandiose, devant lequel d'immenses palmeraies et orangeraies bordent le lac alimenté par la source d' Aqfa. Après 8 heures du matin, la chaleur est insupportable dans les ruines. Il est recommandé, tant pour sa commodité personnelle que pour la beauté du spectacle, de visiter la cité au coucher et au lever du soleil. C'est ce que j'ai fait, bien entendu...

Pour en revenir au LIBAN, j'ai effectué une visite semblable dans les ruines des temples de Baalbeck, qui avaient enthousiasmé Lamartine au siècle dernier. Les sommets des montagnes environnantes sont encore recouverts de plaques de neige. Je n'ai pas manqué l'occasion de passer une journée dans les fameux bois de Cèdres, en altitude, à Bécharré... Il ne reste plus que quelques centaines de ces arbres, dont certains sont plusieurs fois centenaires, voire millénaires... Bref, mes quinze jours de vacances furent bien remplis...

Mais je ne m'attendais pas à cette grosse surprise, lors de mon retour au Collège : demain, lundi 24 juin, toute la communauté va passer la journée dans le Sinaï, avec visite de Suez, du Canal et de la ligne Bar Lev... sur invitation du général Badaoui, chef de la 3è armée... La faveur est appréciable, car, d'ordinaire, les étrangers ne sont pas admis dans cette zone... Je poursuivrai cette lettre après notre expédition...

 

SUEZ, BAR LEV... etc...


Mardi 25 juin 1974

...Nous voici donc de retour du Sinaï, où nous avons effectivement débarqué, après avoir traversé le Canal sur l'un des fameux ponts d'Octobre 73... Le général Badaoui avait bien fait les choses : tous les points de contrôle étaient prévenus de notre passage et, au Kilomètre 65, entre Le Caire et le Canal de Suez, "on" nous attendait : motards, jeep et camion transportant une escorte armée. Un officier prit place dans l'autobus... La visite guidée et commentée pouvait commencer...
Ci-contre, carte postale achetée au Caire en 1973
Première halte : le Kilomètre 102, où eurent lieu les fameux pourparlers. Les célèbres tentes ont disparu et seul un panneau rappelle l'événement. En chemin, on aperçoit de temps en temps une épave de char dans le désert... Arrivée à SUEZ : à l'entrée de la ville, les immeubles modernes sont tous criblés - impacts de balles, éclats d'obus - troués comme des passoires par les mitraillages de l'aviation... La plupart sont même éventrés ; plus on s'enfonce dans la ville et plus les dégâts s'avèrent considérables : cette fois, il ne s'agit plus de simples trous dans les murs, mais de décombres. Plusieurs étages se sont effondrés les uns sur les autres, des façades entières se sont écroulées au beau milieu des rues... L'église et l'hôpital des soeurs sont hors d'usage... C'est impressionnant... Et pourtant la plus grande partie de la ville a été nettoyée depuis la bataille. Nous quittons SUEZ, sans savoir que nous n'avons encore "rien" vu, en matière de dégâts...

On arrive au Canal, devant l'un des fameux ponts de bateaux jetés en octobre dernier pour permettre le passage des chars. Nous traversons à pied, l'autobus nous suit. L'eau est très belle, d'un vert magnifique, guère polluée. Mais il fait une chaleur humide, étouffante... Sur la rive orientale, nous investissons les fortins de la Ligne BAR-LEV, dont les chambres et couloirs blindés, "air-conditionnés", nous laissent tous babas... Quelques uns d'entre nous ramassent des reliques : douilles, tubes de dentifrice hébreux, morceaux de ferraille...
Ci-contre, carte postale achetée au Caire en 1973

On repart pour s'enfoncer dans le désert du Sinaï, jusqu'aux "Sources de Moïse"... Là, juché sur une dune, un formidable bastion domine toute la contrée. On aperçoit la Mer Rouge toute proche, Suez, Port-Tawfik... Ces deux dernières villes étaient quotidiennement bombardées par les puissants canons du fort où nous nous trouvons... Ces canons sont maintenant tordus, inutilisables. Les Israéliens les auraient fait sauter avant de se rendre.

On rembarque dans le bus pour aller visiter Port-Tawfik, situé sur la Mer Rouge. L'officier-accompagnateur nous annonce que personne avant nous, mis à part les militaires et les délégations officielles, n'a visité ce port depuis Juin 1967 ( Guerre des Six jours ). Les dégâts causés par la guerre d'Octobre 1973 sont tels, dit-il, que le gouvernement a décidé de ne pas autoriser la population égyptienne à voir la ville avant longtemps : le choc psychologique serait trop rude. Nous voilà donc prévenus. J'apprends que la ville de Port-Tawfik était l'une des plus belles d'Egypte, toute en villas, avenues bordées de palmiers et de flamboyants, grands jardins... A notre arrivée, bien qu'avertis, notre surprise est grande et va croissant au fur et à mesure que nous tournons dans la ville, en roulant au pas... Une bombe atomique aurait-elle fait "mieux" ? Pas un mètre carré de mur n'a été épargné. Tout est par terre ; chaque maison a été systématiquement bombardée, pilonnée, sans oublier l'église. Dans les rues, çà et là, des flamboyants miraculés se dressent, intacts, devant les carcasses des villas, et ils ont allègrement refleuri, ce qui rend le spectacle encore plus poignant. Les motards ont visiblement pour instruction de tout nous montrer : ils nous entraînent jusque dans des petites rues où le chauffeur du car a du mal à manoeuvrer, le pauvre ! Le port même n'est plus qu'un champ de pierres... La visite s'achève dans un parc d'exposition, genre "Butin de guerre", où l'on peut découvrir toutes les armes prises à l'ennemi, des débris de Phantoms, de Mirages, d'hélicoptères, ainsi que des chars Patton et Centurion. Petite émotion à propos des chars : une partie de la communauté était grimpée sur un Patton pour se faire photographier, sous les commentaires goguenards des autres, restés à l'écart... Soudain, un gros ronflement se fait entendre, la terre se met à vibrer et, dans un nuage de poussière, ledit char se met en branle... Panique générale : ceux qui sont juchés sur le char ne songent plus à sourire au photographe et s'accrochent où ils peuvent... Ceux qui étaient devant le mastodonte ont pris la poudre d'escampette avec une précipitation peu commune... Le char s'arrête au bout de quelques mètres... "Petite démonstration..." nous explique ironiquement l'officier-accompagnateur. Un conducteur avait pris place dans l'engin juste avant notre arrivée. Le coup était parfaitement réussi. Les bidasses de service se sont bien amusés à nos dépens.

Les émotions, ça creuse : on s'aperçoit qu'il est 16 heures et que, depuis 7 h. du matin, on n'a pas avalé une seule miette... Au moment où nous voulons sortir nos sandwiches, l'officier s'interpose et déclare : " Vous êtes les invités du général Badaoui. Un repas vous attend chez lui, à son Etat-Major, quelque part dans le désert...". Puis, sur un claquement de doigts, les motards de l'escorte enfourchent leurs engins et les font pétarader, pendant que nous regagnons, éberlués, nos sièges capitonnés. Au bout de quelques kilomètres, nous quittons la route pour emprunter une simple piste balisée par de grosses pierres et des postes de garde retranchés. Pas de doute : nous allons bien au Q.G. "secret" du général Badaoui, chef de la 3è Armée... Un père jésuite, plus romanesque que les autres, déplore l'absence d'un élément capital dans ce genre d'aventure : on ne nous a pas bandé les yeux avant de nous entraîner vers la "tanière du renard"... Quelqu'un lui assène aussitôt cette objection majeure : bander les yeux de 40 personnes, ce serait un sacré boulot, d'autant plus inutile qu'il resterait quand même le chauffeur du bus qui, malgré toutes ses compétences depuis longtemps reconnues et exaltées, a encore besoin de ses organes visuels pour nous convoyer... En fait, le général, en nous témoignant ainsi sa confiance, nous ménage un honneur de plus. La discussion s'achève sur ce brillant constat au moment précis où nous atteignons l'objet de notre perplexité : une longue allée, creusée dans le sable et recouverte d'un filet de camouflage soutenu par des mâts, à la manière bédouine, nous mène tout droit, entre des pots de cactus soigneusement entretenus, à une vaste baraque en bois, quasiment enterrée sous une dune. Des serveurs en tenue nous accueillent dans un grand salon feutré où ronflent quelques ventilateurs... Après un long défilé aux toilettes pour nous refaire une beauté, nous gagnons fauteuils et canapés, dans un concert de chuchotements polis et intimidés.

"Le général Badaoui regrette de ne pouvoir vous accueillir en personne, il est rentré au Caire pour une affaire urgente. Mais il nous a laissé ses instructions..." Sur ces paroles prononcées avec une froide indifférence, le majordome se retire dans les cuisines, d'où jaillissent aussitôt des serveurs aux plateaux garnis de verres bien remplis. "C'est du jus d'ananas..." disent les uns... "Non, du jus de canne à sucre..." rétorquent les autres... Un saint père, soucieux de réconcilier les belligérants, décide que c'est "du jus", tout simplement, du jus qui a la couleur de l'ananas et le goût de la canne à sucre. Quoi qu'il en soit, on a soif et on boit.

De la salle à manger voisine, on perçoit les bruits de la vaisselle et les tintements des couverts disposés sur les tables à notre intention. Un long moment s'écoule, pendant lequel nous avons tout le loisir d'admirer les distinctions et trophées de la 3è armée, exposés dans des vitrines illuminées : coupes, fanions, messages de chefs d'Etats... etc...

Soudain le majordome réapparaît, l'oeil morne et le sourire pincé : il s'approche du Père Recteur et lui chuchote quelques mots à l'oreille. Le Recteur disparaît avec son interlocuteur... Quelques minutes plus tard, ils réapparaissent tous deux et nous passons enfin à table. Le Recteur arbore un petit air narquois ; on saura vite pourquoi... En effet, dans de magnifiques assiettes en porcelaine fleurie, que trouvons-nous ? Nos propres sandwiches, desséchés par une journée de tribulations dans le désert... Explication : les instructions du général ne correspondaient pas à l'état de son garde-manger. L'intendance n'avait pas suivi, ce jour-là. Qu'à cela ne tienne ! La faim et le "jus" aidant, les sandwiches sont tant bien que mal avalés, sous le regard distant des serveurs figés au garde-à-vous. Enfin rassasiés, nous entendons notre guide-officier nous expliquer en termes voilés que les "animations" touchent à leur fin et qu'il est grand'temps pour nous de regagner nos foyers. Et lui sa chambrée. Exécution !

C'est ainsi que s'achève cette journée "historique" du 24 juin 1974, et comme disent les élèves moyens à la fin de leurs rédactions : "enfin, nous rentrons chez nous, fatigués mais satisfaits"...



Télégramme de félicitations envoyé par le collège de la Sainte Famille au
président Anouar el Sadate à l'occasion de la guerre d'Octobre 73. Télégramme publié le 17 / 10 / 73 dans le quotidien AL AHRAM et reproduit en juin 74 dans la Revue CSF n° 66, page 14, rubrique "Au fil des jours"...

Rédactions d'élèves égyptiens face à la guerre d'Octobre 73 ( classe de 3è B ; professeur de Français : M. Clady )

La guerre du 6 octobre

"Je vais bientôt avoir 14 ans. A peine suis-je entré en 3è préparatoire qu'une semaine après, on nous signifie qu'il faut garder la maison jusqu'à nouvel ordre.

En effet, le 6 octobre 1973, la guerre éclate d'une manière inattendue, mais offensive et vigoureusement menée. Nos soldats arabes emportent d'assaut tout ce qu'ils rencontrent du côté oriental du Canal. Ceci sur le front égyptien. Tandis que sur le front oriental, les Syriens défoncent les fortifications israéliennes sur les hauteurs du Golan.

Devant ces prodiges de valeur, mon enthousiasme est sans forme, l'injure faite au monde arabe, il y a six ans, est lavée et se retourne maintenant contre l'ennemi, usurpateur de notre sol arabe tant au nord qu'au sud.

J'étais donc heureux et ne donnais ma joie à personne. Je déplorais seulement, au fond de mon coeur de citoyen, les pertes en vies humaines. Pour m'en consoler, je me disais qu'aucun succès militaire ne s'obtient sans sacrifice. Il suffit à nos victimes d'avoir eu l'honneur de défendre leur pays contre des agresseurs sans foi ni loi.

En face d'un poste de télévision, je voyais notre président rayonnant de joie et je l'entendais prononcer un discours mémorable, dix jours seulement après le début des hostilités. Ce discours m'a donné beaucoup de confiance en nos forces arméeset m'a convaincu que notre victoire était certaine.

Mais une guerre ne va pas toujours sans quelques revers. Malgré les exagérations de nos adversaires dans leurs déclarations, nos forces luttent avec beaucoup d'espoir pour réduire à rien la percée de nos lignes par les blindés adverses. Cette percée est due à un manque de loyauté chez nos ennemis puisqu'ils ont profité d'un cessez-le-feu pour jeter, malgré la parole donnée et nuitamment, un grand renfort, sous prétexte que nos forces n'avaient pas cessé de tirer contre eux. Maintenant que des observateurs ont été placés par les Nations-Unies sur les lieux de confrontation, j'espère que toute activité militaire s'arrêtera des deux côtés.

Dieu veuille donner aux grands dirigeants la sagesse voulue pour que la paix, une paix juste et durable, règne au Moyen-Orient, dont les peuples vivent depuis 1948 sur un qui-vive insupportable !"...

Kamel, 3è B

 
Bataille du 6 octobre 1973

"Le 6 octobre 1973 a été l'un des meilleurs jours de ma vie ainsi que de l'histoire de l'Egypte. En effet, à cette date, l'armée égyptienne, sous le règne du président Anwar El Sadate, a pu franchir le Canal de Suez et accaparer plusieurs points stratégiques à travers le désert du Sinaï sur une superficie de 3000 kms carrés, sans oublier la destruction de la fameuse ligne Bar Lev et l'occupation de la ville de Kantara Est. Ils ont pu repousser l'armée "israëlite", causant à l'ennemi des dégâts et dommages sans pareil aux armes et aux soldats de l'ennemi.

Les pays de l'Europe et l'univers entier, surtout les pays qui fournissent une aide à Israël, ont été surpris par ce fait grandiose et ne s'attendaient guère au courage et à la puissance du soldat Egyptien. Les Nations-Unies voulaient mettre fin à cette guerre, à l'instigation des Etats-Unis d'Amérique et de la Russie et ont donné l'ordre aux deux forces de cesser le feu le 22 octobre 1973 en vue d'éloigner une guerre mondiale nucléaire destructrice entre les deux puissances..."

Achraf, 3è B


Guerre d'Octobre ( ou Guerre du Kippour ) : cartographie. / Quelques faits / La guerre du Kippour / Contexte et déroulement, conséquences et bilan

Vers une belle cérémonie ... ou comment l'on célèbre un 60è anniversaire d'entrée dans la vie religieuse...

Vivre au Caire en 1972, 73, 74...... Doc Revue CSF 72, 73, 74..... Henri Boulad.. Interview du P. Boulad....Louis Sans ..... Xavier Fleury

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