Le Caire, 4 janvier
1974
... je reprends la plume
au sortir de l'avion qui me ramène d'Assouan
où j'ai passé environ cinq jours de vacances
"africaines" : soleil torride, miroitements du Nil nubien,
rythmes des tams-tams dans les ruelles aux senteurs
d'épices, sans oublier la peau sombre des
autochtones. J'ai donc trouvé là tout
l'exotisme souhaitable et un climat dont je n'aurais pas
bénéficié en cette saison à
Chypre ou au Liban, que je préfère
découvrir au printemps prochain... La situation
actuelle, au lendemain de la guerre d'Octobre,
n'empêche nullement les touristes de revenir en masse.
Allemands, Français, Italiens, Grecs et Libanais ont
littéralement envahi la Haute-Egypte. Ils ne
s'attardent pas au Caire où règne toujours le
black-out : musées fermés, accès
interdit à certains quartiers et appareils-photos
prohibés.
A Assouan, j'ai
passé les trois quarts de mon temps sur l'eau :
barque, felouque, hydroglisseur... 1000 kms franchis en
hydroglisseur sur le Lac Nasser, derrière le barrage
: 500 kms pour me rendre à Abu Simbel, 500 kms pour
en revenir. Dix heures de voyage et 2h.30 de visite. Une
bonne et pleine journée qui a commencé
à 4 heures du matin, après une nuit de
réveillon passée à regarder un
spectacle de danses nubiennes, en buvant... de l'eau !
C'était la Saint-Sylvestre... 1974 a donc
commencé pour moi sous le signe grandiose d'Abu
Simbel, monument colossal "démonté" il y a
quelques années pour être reconstruit 64
mètres plus haut, à cause de la "crue" du Nil
transformé en lac par le haut-barrage. Même la
"montagne" à laquelle s'adosse le temple a
été reconstituée, artificiellement.
J'en ai vu les fondations : l'amoncellement de rocs repose
sur un énorme "ballon" en béton, où
l'on peut circuler grâce à un dédale de
galeries et d'escaliers. Cette énormité
s'accorde bien au paysage superbe, sauvage, fait de
montagnes rocheuses qui bordent le lac Nasser, lequel est
d'un bleu intense, puisqu'il reflète un ciel vierge
de tout nuage
Abu Simbel
s'élève à quelques kilomètres de
la frontière soudanaise, donc au fin fond de
l'Egypte, loin de toute vie apparente... On se demande
comment les égyptiens de cette lointaine
époque pouvaient survivre dans ce désert. Il
est vrai que la proximité du Nil permettait la
pêche et un peu d'agriculture, mais tout de
même... En tout cas, on se croit au bout du
monde...
Après cette
randonnée dans un univers aux paysages lunaires,
digne des meilleurs romans de Jules Verne, j'ai
retrouvé le confort de mon lit d'hôtel avec un
plaisir certain, car je n'avais pas dormi depuis 48 heures,
dont dix heures à bord d'un hydroglisseur pour une
traversée certes passionnante mais fatigante,
d'autant plus que j'avais pour voisins immédiats des
Italiens volubiles et des Allemands braillards, sans oublier
leurs gamins turbulents - bref, de quoi constater une fois
de plus que, dans sa conception évolutive de
l'humanité vers quelque point Oméga, Teilhard
de Chardin n'a pas tenu compte des phénomènes
régressifs liés à l'extension du
tourisme grégaire... Abominable fléau que ces
déplacements par troupeaux entiers, sous la conduite
de bergers dont la houlette s'avère taillée
dans un bois ni fin ni pur - somme toute fort grossier... En
tout cas, contrairement à une pluie de sauterelles,
ces invasions apportent à l'Egypte sa principale
ressource, à savoir une bonne floppée de
devises étrangères nécessaires à
son développement - ou du moins à sa
survie...
Le retour au Caire fut
l'occasion de vivre une nouvelle aventure... Avec une
approximation très locale et une confiance
inébranlable dans l'appui des dieux, le bureau
d'Egyptair, à Assouan, enregistra, pour le vol du
jeudi 3 janvier au soir, un nombre de passagers
supérieur à celui des places disponibles !
Bien sûr, on ne s'en aperçut qu'à
l'aéroport, au moment de l'embarquement ! Il fallut
donc affréter dare dare un avion
supplémentaire et bulgare, où les
hôtesses bulgares, ne parlant que le bulgare, nous
servirent un thé bulgare avec une mauvaise
grâce que je me garderai bien de qualifier de bulgare,
n'ayant jamais posé les pieds en Bulgarie...
Pour comble de
malchance, mes compagnons de bord n'étaient autres
que les énergumènes déjà subis
sur l'hydroglisseur... Les aléas de ce départ
à l'orientale n'étaient pas faits pour les
calmer, bien au contraire !... L'affaire se corsa lorsqu'on
nous apprit que les bagages - dûment
étiquetés - avaient été
égarés entre Assouan et l'aéroport,
distants de 15 kms, par un chauffeur qui ne connaissait pas
le chemin ! Enfin, chauffeur, camion et bagages ayant
été rattrapés sur la route de Khartoum
et remis sur la bonne voie, nous pûmes enfin
décoller avec à peine une heure de retard - ce
qui est fort peu, ici, tout compte fait.
Le froid me surprit au
sortir de l'avion, sur la piste de l'aéroport
international du Caire. Il faisait nuit et un vent glacial
nous venait du désert... Les quelques mètres
à franchir au travers de ce souffle polaire jusqu'au
hall d'attente a suffi, semble-t-il, à me refroidir,
puisque ce matin je me retrouve fortement enroué.
J'allais oublier de
préciser qu'entretemps, c'est-à-dire le 31
décembre à minuit, mon temps de service dit
"militaire" a pris fin. Je suis donc revenu à la "vie
civile" en admirant les prouesses de quelques danseurs en
transes, au rythme effréné des tambours
à peau de gazelle... J'avoue que la différence
ne m'apparaît guère dans l'immédiat...
sauf que mon salaire s'en trouve sensiblement
relevé...
Le Caire, 23 juin
1974
...je débarque tout juste de l'avion qui me
ramène de Damas. J'ai donc enfin
pu visiter le Liban et la
Syrie. Je vous raconterai une autre
fois le voyage "aller" en bateau,
d'Alexandrie à
Beyrouth... Ce fut tout simplement
épique...
J'ai sillonné le petite
république libanaise jusque dans ses moindres
recoins. C'est un pays en pleine expansion
économique, fortement occidentalisé - jusque
dans ses prix, hélas !... J'étais logé
à l'Université
Saint-Joseph de Beyrouth.
J'ai pu me promener dans le Liban-Sud,
juste avant la reprise des bombardements israéliens,
dont j'ai entendu parler à mon arrivée en
Syrie.
De DAMAS, j'ai
gagné aussitôt
BOSRA,
petit village proche de la frontière jordanienne,
où subsiste un magnifique amphithéâtre
romain, le mieux conservé au monde,
paraît-il... Pour m'y rendre, j'ai traversé 100
kilomètres de zones militaires, au pied de
l'Hermon, à 60 kms de
Kuneitra où se
déroulaient encore des combats il y a quelques jours.
Bien sûr, j'ai subi des contrôles routiers, mais
je n'ai pas été "inquiété" par
les autorités locales... Cela me change de
l'Egypte, où, par les temps qui
courent, il faut prendre garde à ne pas mettre ses
pieds n'importe où. En Syrie,
aucun ennui. Mais si j'avais photographié tout ce que
j'ai pu voir en cours de route, des convois de chars, des
camps retranchés, des batteries aériennes
"camouflées" et même des bases aériennes
réparties un peu partout... alors là
peut-être les ennuis n'auraient-ils pas
manqué...
En tout cas, si vous n'êtes pas
considéré comme un espion, les Syriens sont
très accueillants et se dépensent en
prévenances de toutes sortes pour agrémenter
le mieux possible votre séjour. Très
étonnant. Je ne m'y attendais vraiment pas, croyant
trouver au contraire la méfiance et
l'hostilité... Je n'ai pas rencontré un seul
touriste... A PALMYRE, au coeur de la
Syrie, j'ai découvert des hôtels vides, dont
les gérants se disputèrent mes faveurs
à ma descente de taxi.
PALMYRE
est une oasis située au milieu d'une zone
désertique splendide. Là on peut visiter les
vestiges de l'antique Palmyre,
métropole romaine dont les restes ( colonnades,
temples, théâtres, avenues, maisons,
tombeaux...etc... ) s'étalent sur plusieurs
kilomètres carrés. C'est sûrement ce que
j'ai vu de plus beau après les monuments
égyptiens... La vieille cité était
encastrée dans un cirque montagneux grandiose, devant
lequel d'immenses palmeraies et orangeraies bordent le lac
alimenté par la source d' Aqfa.
Après 8 heures du matin, la chaleur est insupportable
dans les ruines. Il est recommandé, tant pour sa
commodité personnelle que pour la beauté du
spectacle, de visiter la cité au coucher et au lever
du soleil. C'est ce que j'ai fait, bien entendu...
Pour en revenir au LIBAN,
j'ai effectué une visite semblable dans les ruines
des temples de Baalbeck, qui avaient
enthousiasmé Lamartine au
siècle dernier. Les sommets des montagnes
environnantes sont encore recouverts de plaques de neige. Je
n'ai pas manqué l'occasion de passer une
journée dans les fameux bois de
Cèdres, en altitude, à
Bécharré... Il ne reste
plus que quelques centaines de ces arbres, dont certains
sont plusieurs fois centenaires, voire millénaires...
Bref, mes quinze jours de vacances furent bien
remplis...
Mais je ne m'attendais pas à cette
grosse surprise, lors de mon retour au Collège :
demain, lundi 24 juin, toute la communauté va passer
la journée dans le Sinaï,
avec visite de Suez, du
Canal et de la ligne Bar
Lev... sur invitation du
général Badaoui, chef de
la 3è armée... La faveur est
appréciable, car, d'ordinaire, les étrangers
ne sont pas admis dans cette zone... Je poursuivrai cette
lettre après notre expédition...
|
Mardi 25 juin 1974
...Nous voici donc de retour
du Sinaï, où nous
avons effectivement débarqué,
après avoir traversé le
Canal sur l'un des fameux
ponts d'Octobre 73... Le
général
Badaoui avait bien fait les
choses : tous les points de contrôle
étaient prévenus de notre passage et,
au Kilomètre 65,
entre Le Caire et le
Canal de Suez, "on" nous
attendait : motards, jeep et camion transportant
une escorte armée. Un officier prit place
dans l'autobus... La visite guidée et
commentée pouvait commencer...
Ci-contre, carte postale
achetée au Caire en 1973
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Première halte : le
Kilomètre 102, où eurent
lieu les fameux pourparlers. Les célèbres
tentes ont disparu et seul un panneau rappelle
l'événement. En chemin, on aperçoit de
temps en temps une épave de char dans le
désert... Arrivée à
SUEZ : à l'entrée de la
ville, les immeubles modernes sont tous criblés -
impacts de balles, éclats d'obus - troués
comme des passoires par les mitraillages de l'aviation... La
plupart sont même éventrés ; plus on
s'enfonce dans la ville et plus les dégâts
s'avèrent considérables : cette fois, il ne
s'agit plus de simples trous dans les murs, mais de
décombres. Plusieurs étages se sont
effondrés les uns sur les autres, des façades
entières se sont écroulées au beau
milieu des rues... L'église et l'hôpital des
soeurs sont hors d'usage... C'est impressionnant... Et
pourtant la plus grande partie de la ville a
été nettoyée depuis la bataille. Nous
quittons SUEZ, sans savoir que nous
n'avons encore "rien" vu, en matière de
dégâts...
On arrive au
Canal, devant l'un des fameux
ponts de bateaux jetés en octobre dernier
pour permettre le passage des chars. Nous
traversons à pied, l'autobus nous suit.
L'eau est très belle, d'un vert magnifique,
guère polluée. Mais il fait une
chaleur humide, étouffante... Sur la rive
orientale, nous investissons les fortins de la
Ligne BAR-LEV, dont les
chambres et couloirs blindés,
"air-conditionnés", nous laissent tous
babas... Quelques uns d'entre nous ramassent des
reliques : douilles, tubes de dentifrice
hébreux, morceaux de ferraille...
Ci-contre, carte postale
achetée au Caire en 1973
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On repart pour s'enfoncer dans le désert
du Sinaï, jusqu'aux
"Sources de Moïse"... Là,
juché sur une dune, un formidable bastion domine
toute la contrée. On aperçoit la Mer
Rouge toute proche, Suez,
Port-Tawfik... Ces deux dernières villes
étaient quotidiennement bombardées par les
puissants canons du fort où nous nous trouvons... Ces
canons sont maintenant tordus, inutilisables. Les
Israéliens les auraient fait sauter avant de se
rendre.
On rembarque dans le bus pour aller visiter
Port-Tawfik, situé sur la
Mer Rouge. L'officier-accompagnateur
nous annonce que personne avant nous, mis à part les
militaires et les délégations officielles, n'a
visité ce port depuis Juin 1967 ( Guerre des Six
jours ). Les dégâts causés par la
guerre d'Octobre 1973 sont tels,
dit-il, que le gouvernement a décidé de ne pas
autoriser la population égyptienne à voir la
ville avant longtemps : le choc psychologique serait trop
rude. Nous voilà donc prévenus. J'apprends que
la ville de Port-Tawfik était
l'une des plus belles d'Egypte, toute
en villas, avenues bordées de palmiers et de
flamboyants, grands jardins... A notre arrivée, bien
qu'avertis, notre surprise est grande et va croissant au fur
et à mesure que nous tournons dans la ville, en
roulant au pas... Une bombe atomique aurait-elle fait
"mieux" ? Pas un mètre carré de mur n'a
été épargné. Tout est par terre
; chaque maison a été systématiquement
bombardée, pilonnée, sans oublier
l'église. Dans les rues, çà et
là, des flamboyants miraculés se dressent,
intacts, devant les carcasses des villas, et ils ont
allègrement refleuri, ce qui rend le spectacle encore
plus poignant. Les motards ont visiblement pour instruction
de tout nous montrer : ils nous entraînent jusque dans
des petites rues où le chauffeur du car a du mal
à manoeuvrer, le pauvre ! Le port même n'est
plus qu'un champ de pierres... La visite s'achève
dans un parc d'exposition, genre "Butin de guerre",
où l'on peut découvrir toutes les armes prises
à l'ennemi, des débris de Phantoms, de
Mirages, d'hélicoptères, ainsi que des
chars Patton et Centurion. Petite
émotion à propos des chars : une partie de la
communauté était grimpée sur un
Patton pour se faire photographier, sous les
commentaires goguenards des autres, restés à
l'écart... Soudain, un gros ronflement se fait
entendre, la terre se met à vibrer et, dans un nuage
de poussière, ledit char se met en branle... Panique
générale : ceux qui sont juchés sur le
char ne songent plus à sourire au photographe et
s'accrochent où ils peuvent... Ceux qui
étaient devant le mastodonte ont pris la poudre
d'escampette avec une précipitation peu commune... Le
char s'arrête au bout de quelques mètres...
"Petite démonstration..." nous explique
ironiquement l'officier-accompagnateur. Un conducteur avait
pris place dans l'engin juste avant notre arrivée. Le
coup était parfaitement réussi. Les bidasses
de service se sont bien amusés à nos
dépens.
Les émotions, ça creuse : on
s'aperçoit qu'il est 16 heures et que, depuis 7 h. du
matin, on n'a pas avalé une seule miette... Au moment
où nous voulons sortir nos sandwiches, l'officier
s'interpose et déclare : " Vous êtes les
invités du général Badaoui. Un
repas vous attend chez lui, à son Etat-Major, quelque
part dans le désert...". Puis, sur un claquement
de doigts, les motards de l'escorte enfourchent leurs engins
et les font pétarader, pendant que nous regagnons,
éberlués, nos sièges capitonnés.
Au bout de quelques kilomètres, nous quittons la
route pour emprunter une simple piste balisée par de
grosses pierres et des postes de garde retranchés.
Pas de doute : nous allons bien au Q.G. "secret" du
général Badaoui, chef de
la 3è Armée... Un père jésuite,
plus romanesque que les autres, déplore l'absence
d'un élément capital dans ce genre d'aventure
: on ne nous a pas bandé les yeux avant de nous
entraîner vers la "tanière du renard"...
Quelqu'un lui assène aussitôt cette objection
majeure : bander les yeux de 40 personnes, ce serait un
sacré boulot, d'autant plus inutile qu'il resterait
quand même le chauffeur du bus qui, malgré
toutes ses compétences depuis longtemps reconnues et
exaltées, a encore besoin de ses organes visuels pour
nous convoyer... En fait, le général, en nous
témoignant ainsi sa confiance, nous ménage un
honneur de plus. La discussion s'achève sur ce
brillant constat au moment précis où nous
atteignons l'objet de notre perplexité : une longue
allée, creusée dans le sable et recouverte
d'un filet de camouflage soutenu par des mâts,
à la manière bédouine, nous mène
tout droit, entre des pots de cactus soigneusement
entretenus, à une vaste baraque en bois, quasiment
enterrée sous une dune. Des serveurs en tenue nous
accueillent dans un grand salon feutré où
ronflent quelques ventilateurs... Après un long
défilé aux toilettes pour nous refaire une
beauté, nous gagnons fauteuils et canapés,
dans un concert de chuchotements polis et intimidés.
"Le général Badaoui regrette
de ne pouvoir vous accueillir en personne, il est
rentré au Caire pour une affaire urgente. Mais
il nous a laissé ses instructions..." Sur ces
paroles prononcées avec une froide
indifférence, le majordome se retire dans les
cuisines, d'où jaillissent aussitôt des
serveurs aux plateaux garnis de verres bien remplis.
"C'est du jus d'ananas..." disent les uns...
"Non, du jus de canne à sucre..."
rétorquent les autres... Un saint père,
soucieux de réconcilier les belligérants,
décide que c'est "du jus", tout simplement, du
jus qui a la couleur de l'ananas et le goût de la
canne à sucre. Quoi qu'il en soit, on a soif et on
boit.
De la salle à manger voisine, on
perçoit les bruits de la vaisselle et les tintements
des couverts disposés sur les tables à notre
intention. Un long moment s'écoule, pendant lequel
nous avons tout le loisir d'admirer les distinctions et
trophées de la 3è armée, exposés
dans des vitrines illuminées : coupes, fanions,
messages de chefs d'Etats... etc...
Soudain le majordome réapparaît,
l'oeil morne et le sourire pincé : il s'approche du
Père Recteur et lui chuchote quelques mots à
l'oreille. Le Recteur disparaît avec son
interlocuteur... Quelques minutes plus tard, ils
réapparaissent tous deux et nous passons enfin
à table. Le Recteur arbore un petit air narquois ; on
saura vite pourquoi... En effet, dans de magnifiques
assiettes en porcelaine fleurie, que trouvons-nous ? Nos
propres sandwiches, desséchés par une
journée de tribulations dans le désert...
Explication : les instructions du général ne
correspondaient pas à l'état de son
garde-manger. L'intendance n'avait pas suivi, ce
jour-là. Qu'à cela ne tienne ! La faim et le
"jus" aidant, les sandwiches sont tant bien que mal
avalés, sous le regard distant des serveurs
figés au garde-à-vous. Enfin rassasiés,
nous entendons notre guide-officier nous expliquer en termes
voilés que les "animations" touchent à leur
fin et qu'il est grand'temps pour nous de regagner nos
foyers. Et lui sa chambrée. Exécution !
C'est ainsi que s'achève cette
journée "historique" du 24 juin 1974, et comme disent
les élèves moyens à la fin de leurs
rédactions : "enfin, nous rentrons chez nous,
fatigués mais satisfaits"...
Télégramme de félicitations
envoyé par le collège de la Sainte
Famille au président Anouar el
Sadate à
l'occasion de la guerre
d'Octobre 73.
Télégramme publié le 17 / 10 /
73 dans le quotidien AL AHRAM et reproduit en juin
74 dans la Revue CSF
n° 66, page 14,
rubrique "Au fil des
jours"...
|
Rédactions d'élèves
égyptiens face à la guerre d'Octobre 73 ( classe de 3è B ;
professeur de Français : M. Clady )
La guerre du 6 octobre
"Je vais bientôt avoir 14 ans.
A peine suis-je entré en 3è
préparatoire qu'une semaine après, on
nous signifie qu'il faut garder la maison
jusqu'à nouvel ordre.
En effet, le 6 octobre 1973, la
guerre éclate d'une manière
inattendue, mais offensive et vigoureusement
menée. Nos soldats arabes emportent d'assaut
tout ce qu'ils rencontrent du côté
oriental du Canal. Ceci sur le front
égyptien. Tandis que sur le front oriental,
les Syriens défoncent les fortifications
israéliennes sur les hauteurs du Golan.
Devant ces prodiges de valeur, mon
enthousiasme est sans forme, l'injure faite au
monde arabe, il y a six ans, est lavée et se
retourne maintenant contre l'ennemi, usurpateur de
notre sol arabe tant au nord qu'au sud.
J'étais donc heureux et ne
donnais ma joie à personne. Je
déplorais seulement, au fond de mon coeur de
citoyen, les pertes en vies humaines. Pour m'en
consoler, je me disais qu'aucun succès
militaire ne s'obtient sans sacrifice. Il suffit
à nos victimes d'avoir eu l'honneur de
défendre leur pays contre des agresseurs
sans foi ni loi.
En face d'un poste de
télévision, je voyais notre
président rayonnant de joie et je
l'entendais prononcer un discours mémorable,
dix jours seulement après le début
des hostilités. Ce discours m'a donné
beaucoup de confiance en nos forces arméeset
m'a convaincu que notre victoire était
certaine.
Mais une guerre ne va pas toujours
sans quelques revers. Malgré les
exagérations de nos adversaires dans leurs
déclarations, nos forces luttent avec
beaucoup d'espoir pour réduire à rien
la percée de nos lignes par les
blindés adverses. Cette percée est
due à un manque de loyauté chez nos
ennemis puisqu'ils ont profité d'un
cessez-le-feu pour jeter, malgré la parole
donnée et nuitamment, un grand renfort, sous
prétexte que nos forces n'avaient pas
cessé de tirer contre eux. Maintenant que
des observateurs ont été
placés par les Nations-Unies sur les lieux
de confrontation, j'espère que toute
activité militaire s'arrêtera des deux
côtés.
Dieu veuille donner aux grands
dirigeants la sagesse voulue pour que la paix, une
paix juste et durable, règne au
Moyen-Orient, dont les peuples vivent depuis 1948
sur un qui-vive insupportable !"...
Kamel, 3è B
|
Bataille du 6 octobre 1973
"Le 6 octobre 1973 a été l'un
des meilleurs jours de ma vie ainsi que de l'histoire de
l'Egypte. En effet, à cette date, l'armée
égyptienne, sous le règne du président
Anwar El Sadate, a pu franchir le Canal de Suez et accaparer
plusieurs points stratégiques à travers le
désert du Sinaï sur une superficie de 3000 kms
carrés, sans oublier la destruction de la fameuse
ligne Bar Lev et l'occupation de la ville de Kantara Est.
Ils ont pu repousser l'armée "israëlite",
causant à l'ennemi des dégâts et
dommages sans pareil aux armes et aux soldats de
l'ennemi.
Les pays de l'Europe et l'univers entier,
surtout les pays qui fournissent une aide à
Israël, ont été surpris par ce fait
grandiose et ne s'attendaient guère au courage et
à la puissance du soldat Egyptien. Les Nations-Unies
voulaient mettre fin à cette guerre, à
l'instigation des Etats-Unis d'Amérique et de la
Russie et ont donné l'ordre aux deux forces de cesser
le feu le 22 octobre 1973 en vue d'éloigner une
guerre mondiale nucléaire destructrice entre les deux
puissances..."
Achraf, 3è B
Guerre d'Octobre ( ou Guerre du Kippour ) :
cartographie.
/
Quelques
faits /
La
guerre du Kippour /
Contexte
et déroulement, conséquences et bilan
 
Vers une belle
cérémonie ... ou comment l'on
célèbre un 60è anniversaire
d'entrée dans la vie religieuse...
Vivre au Caire en 1972,
73, 74...... Doc Revue CSF 72, 73,
74.....
Henri
Boulad..
Interview du P. Boulad....Louis
Sans
.....
Xavier
Fleury
LETTRES
D'EGYPTE de Pierre Teilhard de Chardin ....Former
tout l'homme, former tout homme
.... Robert
Solé,
ancien élève du CSF,
journaliste-écrivain, médiateur du journal
Le
Monde,..... Jean
Mohsen Fahmy,
écrivain au Canada et ancien élève du
CSF .. .
Henri
Curiel.......
Site
des anciens du CSF
Chez les
voisins : la radio du Lycée français du
Caire... PODCASTS...
Espaces
francophones pour
petits
cairotes...
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