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Quand on nous parle de "villes nouvelles", de "nouveaux quartiers", quand on nous sert le discours de l'innovation architecturale ou de l'audace urbanistique, il est rare - sauf ignorance surprenante - que ne soient pas évoquées l'imagination des grands utopistes de l'humanité et quelques unes de leurs réalisations, celles qui ne sont pas restées à l'état de "simples" plans sur le papier - tant il est vrai que, jusqu'à nos jours, la fonction d'utopiste a toujours intégré les compétences de l'architecte et celles de l'urbaniste, tous deux chargés d'aménager, d'organiser l'habitat et son environnement, la "résidence" humaine... Y.C. |
Le "nouveau" quartier juif, à Jérusalem-Est, affiche d'emblée un étonnant modernisme qui a su respecter l'environnement de la Vieille Ville... Ayant été complètement détruit par la Légion arabe au cours de la guerre de 1948, il a été rénové à la fin des années 60, après la réunification de la ville sous le drapeau israélien. Ce quartier domine l'esplanade du Mur Occidental ( Kotel en hébreu ), que les chrétiens appellent « Mur des Lamentations » ... |
Le piéton de Jérusalem franchit insensiblement les frontières invisibles qui partagent la Vieille Ville en quatre secteurs "confessionnels"... Que l'on vienne du quartier chrétien ou du quartier arménien, l'accès au quartier juif est essentiellement marqué par un certain renouveau du tableau urbain et de sa géographie... La clarté d'une pierre plus récente ou "rajeunie"et les lignes novatrices d'une tradition revisitée intriguent, éveillent, interrogent le visiteur, qui prend peu à peu conscience d'avoir changé de "territoire", dépassé une limite imperceptible, investi un nouvel espace socioculturel... Dans l'apparente fantaisie de ses ramifications comme dans la forte physionomie de son habitat, cette partie reconstruite de l'antique cité est riche d'un héritage irriguant l'innovation à longueur de ruelles enchevêtrées, à grandes volées d'escaliers plus ou moins dérobés, qui tantôt débouchent sur l'intimité verdoyante des cours, terrasses, placettes et autres recoins, tantôt s'engouffrent dans l'énigme de ces sombres passages voûtés où "le pavé rampe" sous les bâtisses... Y.C. ![]() ![]() ![]()
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Loin de l'uniformité des tours sans âme et des barres en béton qui placent "haut" la barre de la laideur et de l'absurde, les maisons du quartier juif de Jérusalem, à taille humaine, alignent avec harmonie des formes variées, des volumes diversifiés, des visages aux traits originaux mais au tracé proche : à chaque maison sa personnalité, qui souscrit cependant, dans sa modernité même, aux exigences d'un style millénaire, d'une culture partagée, d'un patrimoine commun... Souplesse et faculté d'adaptation d'un habitat capable d'évoluer sans trahir ses origines... Y.C. |
POINT DE VUE : " Les maisons de Jérusalem sont de lourdes masses carrées, fort basses, sans cheminées et sans fenêtres ; elles se terminent en terrasses aplaties ou en dômes et elles ressemblent à des prisons ou à des sépulcres. Tout serait à l'oeil d'un niveau égal, si les clochers des églises, les minarets des mosquées, les cimes de quelques cyprès et les buissons de nopals ne rompaient l'uniformité du plan. A la vue de ces maisons de pierres, renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont pas là les monuments confus d'un cimetière au milieu d'un désert ? "... Chateaubriand, Itinéraire de Paris à
Jérusalem... 1811
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Pour mieux saisir la réalité du quartier juif de Jérusalem-Est, établir clairement son identité, définir avec justesse ses caractéristiques et cerner au mieux son originalité,
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A Jérusalem, capitale des trois monothéismes, la référence à Dieu et aux traditions religieuses reste au centre des modes de vie, quelles qu'en soient les formes d'expression ... Il n'est donc guère étonnant qu'en ce lieu l'architecte d'un nouveau quartier urbain destiné à héberger une population fortement attachée à ses croyances et à ses traditions ancestrales "ignore" le plan orthogonal et dédaigne le rêve utopiste d'un urbanisme qui, rompant avec tout héritage, soumet en outre la cité à la seule logique humaine et se permet du même coup de renvoyer Dieu à son domaine réservé : le "Ciel"... Au XXè siècle de notre ère, les concepteurs du "nouveau" quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem innovent donc sans divorcer, "inventent" sans faire table rase, renouvellent le patrimoine pour l'enrichir sans le trahir, insufflent à la pierre un esprit dont la nouveauté s'enracine dans le terreau de la mémoire... Y.C. |