T E R R E S... I N D I E N N E S

AVERTISSEMENT

Depuis la publication, en 1986, du roman de Bernard Clavel, MAUDITS SAUVAGES, dont la lecture a inspiré ces écrits d'invention, la situation, sur le terrain, a évolué... Il sera intéressant de confronter les craintes et les prévisions formulées dans le roman par le vieux chef Mestakoshi avec la nouvelle donne que constitue l'entente signée en février 2002 entre le peuple CRI ( ou CREE ) et le gouvernement du Québec... De la fiction à la réalité - et inversement - il n'y a souvent qu'un pas...

Qui n 'a jamais entendu parler des Indiens d 'Amérique ? ...

...Combien ont déjà été fascinés par leur univers magique et par leur liaison étroite avec la Nature, leur mère ? Leur survie toute entière dépend de l'équilibre existant entre eux et la taïga. Mais en essayent de commander aux forces des fleuves et des forêts, les Blancs compromettent fortement cet équilibre. Le problème des Wabamahigans est un des exemples les plus frappants nés de cette situation.

Vincent habite un des nouveaux villages construits pour les Indiens, au Québec. Il est d 'origine wabamahigane, comme la plupart des habitants de la commune. « D 'ailleurs, j'ai aussi un nom indien : je ne m'en souviens plus exactement, je crois qu 'il voulait dire Aigle pêcheur », raconte-t-il. Aujourd 'hui, il travaille dans un bureau et son ancienne vie ne lui laisse plus beaucoup de souvenirs. A quelques pas de chez lui habite un autre Wabamahigan, Népéshi. C 'est un ancien, qui a toujours vécu selon les rites ancestraux. Il n 'habite dans cet appartement que depuis quelques mois, après la mort du chef Mestakoshi, son ami. Il est de ceux qui se souviennent - de ceux qui savaient chasser, pêcher et qui dormaient sous le wigwam... Il se souvient sans peine de son enfance, qu 'il a passée à faire l'apprentissage de la taïga. Puis des hommes blancs sont arrivés. Ils ont construit pour les Indiens des maisons carrées avec de l 'électricité. Ils leur ont vendu des motoneiges, ont installé une école et une église. Et les Indiens en étaient fiers... Népeshi se souvient encore de la joie du chef Mestakoshi quand il a acheté sa première motoneige... Et les Wabamahigans ont commencé à vivre avec ce que les blancs appelaient alors le "progrès". Même les anciens ont cédé.

Mais, au début des années 1970, un nouveau cap est franchi par les Blancs. Non contents d 'avoir éloigné les Indiens de leurs traditions, ils ont aussi décidé de leur voler leurs terres en y construisant de grands complexes hydroélectriques, le tout en échange d 'une grosse somme de dollars. Les jeunes de la tribu sont prêts à accepter, pour pouvoir goûter au confort à l 'européenne. Mais les plus vieux s 'y opposent fermement, en particulier Mestakoshi. Ce que leur proposent les Blancs, c'est, ni plus ni moins, de vendre leur mère Nature !

Ceci va provoquer comme un déclic chez les anciens : ils décident de reconstruire des wigwams, de forme ronde, bien meilleures que les maisons carrées qui leur ont presque été imposées par les Blancs.

En effet, ces derniers n 'ont jamais rien demandé aux Indiens. Ils ont toujours agi, selon eux, pour le bien des indigènes, leur apportant la médecine, l'électricité et bien d 'autres nouveautés dont finalement les « Peaux-Rouges » n'avaient même pas besoin. Depuis toujours, les Wabamahigans ont puisé leur force dans celle de la taïga. Et c'est cette force qui a permis aux anciens de vivre jusqu 'à des âges très avancés, malgré la dureté du climat canadien.

Mestakoshi sait tout cela. Lui qui était si fier de sa motoneige s'est souvenu de l'époque où l'on partait à la chasse avec les chiens, qui ne tombent jamais en panne et ne consomment pas de carburant...

Si Mestakoshi a décidé de renouer avec les rites ancestraux, quelques années avant sa mort, c'est avant tout dans le but de sauver son peuple. Finalement, cela n'a servi qu'à lui assurer une belle fin de vie, bien au chaud dans son wigwam...

 

Des clichés de rêve à la triste réalité...

Canada, Québec, que vous inspirent ces noms, ces lieux ? Le règne, la souveraineté de la nature sur les hommes ? La collaboration éternelle des Indiens survivants avec l'âme de la terre ? Ou le commencement de la fin pour ce sanctuaire naturel ? Quel que soit votre cliché rêveur, je me vois dans l'obligation de vous dévoiler la triste réalité de ces contrées sauvages, jadis préservées, à présent envahies et menacées...

Vous voyez sans doute défiler dans votre imagination des étendues verdoyantes sans limites, des cours d'eau limpides, purs de toute immondice humaine... Vous apercevez dans une clairière ou sur une île un campement indien, vivant toujours au contact de la nature, refusant obstinément les méfaits de notre civilisation... Mais ce que vous ne distinguez pas, ce que vous n'osez même pas concevoir, ce sont, sur les bords d'un fleuve, des milliers d'ouvriers, des centaines de baraquements, des quantités incroyables, indescriptibles de monstres, vrombissant et pétaradant sans vergogne ; ce sont les nombreuses routes creusées à même les taillis profonds et sacrés du Canada, les files vertigineuses de camions se ruant vers le fleuve. Oui, je vous l'assure, pendant que vous rêvassez délicieusement au coin du feu, un fléau s'abat sur le Québec.

Pourquoi tout ce dérangement ? Pourquoi tant de destructions, de profanations ? "Rien de plus simple", vous répondra le gouvernement québécois : là se cache la richesse de demain, là s'accumule depuis des siècles l'énergie du futur : l'électricité.

Ces terres appartiennent aux Indiens, de droit, de fait et de par leurs origines. Ils sont quelques communautés à perpétuer leurs traditions et le respect de la nature dans les environs de la Baie James, et l'Etat ne les a même pas gratifiés d'une visite. Il s'est dispensé de leur autorisation pour ériger des barrages sur le fleuve Sipawaban, qui leur appartient pourtant juridiquement.

L'une de ces tribus subsiste sur la Longue Île - îlot à l'embouchure du Sipawaban que l'édifice risque de condamner à l'érosion et à une lente annihilation. On pensait cependant que les guerres coloniales étaient révolues, que l'antique lutte entre Indiens et colons avaient viré vers un accord de respect mutuel entre leurs civilisations respectives. On s'était trompé : la guerre vient de reprendre. Les Indiens s'opposent à la violation de leurs terres, attaquent les Blancs qui leur déclarent la guerre. Le procès, tardif, traîne en longueur, tandis que les travaux surmontent les difficultés et progressent même plus rapidement. L'Etat canadien accorde aux Indiens des indemnités, vient les consoler sur leur territoire, leur transmet de faux espoirs : hypocrisie flagrante, complot impensable contre les Indiens, telle est, plus que tout, l'attitude injuste des Blancs.

Certains Indiens avaient prédit cette catastrophe dès le début. Le chef indien des Wabamahigans sur la Longue Île, Mestakoshi, avait prédit cette défaite avant tous les autres... Il ne s'était pas déplacé, il avait contemplé le début de la fin depuis son île, il la comprenait et l'acceptait avec résignation.

Huit ans ont passé, le barrage est construit et les Blancs se rendent enfin compte des conséquences de leur cupidité. Vingt mille caribous sont morts lors d'un déversement du barrage. Mestakoshi est vieux, empli d'amertume. Il sent sa fin proche et, avec elle, la fin ultérieure de sa civilisation, la fin de son monde. "Ce n'est qu'un premier pas", dit-il, "l'engrenage de ce désastre est enclenché, il ne peut être arrêté. Les Blancs ont profané la forêt, ils ont converti mon peuple. On ne peut revenir en arrière."

Le chef Mestakoshi meurt quelques jours plus tard. Ses congénères ont abandonné depuis longtemps ce combat, au profit de la civilisation occidentale... Les Blancs viennent ainsi d'absorber la culture indienne... Qui les empêchera de souiller davantage encore le berceau de cette civilisation, maintenant que ses défenseurs se sont retirés ?

 

Funeste destin ?

Au travers d'un magnifique périple dans la région de Québec, au Canada, et au terme d'inoubliables rencontres,culturellement précieuses, notre magazine mène une enquête pertinente sur la vie des Indiens, si bouleversée par un Etat en quête de richesses. Je vais ainsi vous faire part du point de vue des Indiens à l'égard des colons "blancs" qui ont accédé au pouvoir après des luttes fratricides, voilà maintenant 450 ans.

Les Indiens possèdent une admirable diversité culturelle sans équivoque, d'une tribu à l'autre. Mais les contraintes imposées par l'Etat sont si astreignantes qu'elles poussent des peuplades merveilleuses et exotiques à la standardisation et à une fusion sans retour avec la société de consommation actuelle.

En effet, l'appel des technologies est indéniable et des tribus entières, comme les Wabamahigans, même guidées par de puissants chefs spirituels, sont happées par l'argent facile et abandonnent leur vie traditionnelle si chaleureuse pour un bourg ne laissant augurer qu'effroi, tristesse et fainéantise.

De surcroît, cette fulgurante "maladie" se répand de plus en plus rapidement et elle est accélérée par les plans de restructuration du territoire. La faune et la flore s'en trouvent directement menacées et c'est à force de dizaines d'années de durs labeurs que la taïga, mère des Indiens, essaie tant bien que mal de récupérer son dû.

J'ai été frappé de voir de vieux Indiens affalés sur un comptoir, rongés par l'alcool et attendant désespérément que leur tirage au "Bingo" sorte, afin de rafler quelques pacotilles.

On vit, depuis quelques années, la mort d'une grandiose civilisation qui restera gravée dans nos mémoires comme étant l'une des plus riches culturellement. Même si ces personnes sont qualifiées de "sauvages", il faut empêcher la disparition de leur culture, de leur art de vivre et de chasser... Très peu de peuples perpétuent encore les rituels en l'honneur de la Nature. Le "vraie vie" ne serait-elle pas un retour aux vraies valeurs que nous a enseignées la Nature et que nous avons chamboulées en quelques siècles seulement ? Or cette continuité naturelle est corrompue et l'Administration, au travers de ses démarches, montre bien qu'en ce 21è siècle, il n'y a plus de place ni de temps à consacrer à ceux qui prônent la communion avec la Nature.

C'est pourquoi je demande à ce que des actions en faveur de l'intégrité des Indiens soient menées dans un futur très proche, sinon le monstre qu'est l'Etat fera disparaître définitivement les Indiens, instruments du gouvernement...

 

Les Indiens dans la tourmente

Voilà maintenant quelques semaines que j'ai rejoint le continent européen après avoir vécu d'inoubliables moments dans le Royaume du Nord. Moments de grandes découvertes mais également d'effroi. En effet, à travers cette expédition, j'ai appris des Indiens un tout autre mode de vie mais aussi, à ma grande tristesse, cette nouvelle situation m'a révélé le mal qui les ronge. Aussi aimerais-je, en quelques lignes, vous initier à la vie de ces hommes.

Les Indiens sont des êtres humbles, en qui le sens du partage et de l'hospitalité est très développé. Ils savent, en toutes circonstances, garder leur calme et font, bien plus souvent que nous, appel au bon sens. Mais leur mode de vie, leurs techniques de chasse, leur façon de penser sont également imprégnés d'une spiritualité dont nous ferions bien de nous inspirer.

Cependant, les Blancs continuent de se moquer de ce que peuvent leur apporter les autres et ils imposent aux Indiens leurs propres règles. Ainsi, ces derniers doivent suivre l'éducation des Blancs, prier les dieux des Blancs, manger ce que produisent les Blancs... En fin de compte, on les arrache à leurs traditions... Ce qui me marque le plus, c'est le sans-gêne avec lequel les Blancs trahissent les Indiens...

J'ai appris qu'aujourd'hui de nombreux travaux sont engagés dans le Royaume du Nord, avec l'intention de favoriser une expansion de type colonial. Barrages, routes, magasins et demeures sont en construction. Mais on n'a jamais demandé l'avis des propriétaires de ces terres. On ne s'intéresse pas davantage aux conséquences possibles de cette "colonisation".

Or, si l'on étudiait ce dossier d'un peu plus près, on se rendrait vite compte de quelle injustice il est question. On se sert des "sauvages" ! On leur vole leurs territoires de chasse, trappe et pêche tout en leur promettant une vie meilleure - c'est-à-dire de l'électricité, des magasins, la télévision. Mais est-ce cela, la "vraie vie" ? Ne vaudrait-il pas mieux savoir vivre en harmonie avec la Nature, plutôt que de continuer à la détruire ?

Aujourd'hui, de nombreuses tribus indiennes n'ont d'autre choix que d'abandonner leurs terres s'ils veulent éviter de mourir de faim ou de périr noyés... Toutes les constructions des Blancs nuisent à la nature qui, à juste titre, se révolte par de grandes crues ou par l'extinction d'espèces telles que la baleine.

Cependant, il existe encore quelques personnes bien décidées à ne pas se laisser faire, même si elles savent que cela ne changera rien et que leurs enfants finiront par céder aux avances des colons. Mais les anciens s'expriment par la voix de Mestakochi , chef de la tribu des Wabamahigans : " Nous ne partirons pas, nous voulons mourir sur la terre de nos aïeux et ne pas être pollués par l'esprit des Blancs..."

On ne peut décrire en quelques mots la douleur que ressentent les Indiens, mais je souhaite qu'on lève enfin le voile sur la condition qui leur est faite et que l'on ne prenne pas seulement en considération l'avis des colons à propos de cette totale injustice infligée aux Indiens.

 

C'est notre terre !

Dans la nuit du 5 au 6 novembre, un bélier mécanique avec son conducteur, pris de folie au volant, écrase, broie et renverse tout... Tous les baraquements ont été éventrés, l'électricité coupée... Puis le bélier continue et heurte les réservoirs d'essence. Le carburant ruisselle et s'enflamme... : bientôt d'immenses hectares sont anéantis. Ainsi partent en fumée des mois et des mois de travail...... De leur côté, les Indiens sourient. Ils évoquent la vengeance des Esprits des anciens. Ils essaient de reprendre espoir car le gouvernement les a encore trahis en leur prenant davantage de terres, faisant abstraction des lois...

Les Indiens peuplent l'Amérique depuis la nuit des temps, bien avant l'arrivée des colons. Ces derniers ont pris chaque année les territoires des Indiens en les repoussant toujours plus au Nord. Puis ils y ont puisé toutes les ressources, tuant ainsi des milliers d'autochtones. " Ils prétendent nous laisser vivre, en construisant des réserves, mais, pour nous, c'est mourir " disent les anciens chefs des tribus indiennes. Ainsi, les autochtones, surtout les plus anciens, souffrent des agissements des "Blancs".

Mais, dans la plupart des tribus, une scission se fait ressentir entre les jeunes d'un côté, vivant de façon "moderne", achetant des produits qu'ils ne connaissent pas au supermarché, et les vieux de l'autre, vivant toujours comme leurs ancêtres, sous les wigwams.

Ces derniers sont en colère. Ils ne veulent pas de ce barrage qui représenterait la fortune du Québec. Mais que peuvent-ils faire ? "Ils détruiront notre fleuve, nos ressources. Et c'est notre terre, la terre de nos ancêtres. Leurs os sont enterrés ici, les nôtres doivent être à côté d'eux. " Mais les "Blancs" continuent, passant outre... Ils ont déjà tout pillé, saccagé détruit. Ils leur prennent chaque jour leur vie, en envahissant leurs terres.

Les Indiens sont pourtant un peuple doté de lois, de coutumes... Alors pourquoi ne pas les respecter ? Dans chaque pays, les autochtones acceptent et respectent les différences des immigrants. Lors de la découverte de l'Amérique, les Indiens ont accepté Jacques Cartier et ses compagnons, en leur montrant les plus beaux paysages. Ils les ont même soignés, lors de la terrible épidémie qui a tué de nombreux matelots.

Il n'est pas dans la nature des hommes d'écraser et d'ignorer un peuple qui les a aidés...

 

Les Indiens aujourd'hui : réalité ou fiction ?

Serait-il encore convenable de les appeler "Indiens" ? Ces êtres magnifiques, vivaient jadis de la "mère Nature", de rites et de danses, jusqu'au jour où l'homme blanc vint fouler le sol sacré des "sauvages", imposant culture et religion à des prétendus "sous-hommes"... Aujourd'hui, il serait bien difficile de distinguer un Indien d'un Blanc : hormis la couleur de la peau et la forme du visage, on a bien réussi à leur imposer notre culture. N'essayez pas de chercher des tipis ou autres wigwams... Si vous tenez à les rencontrer, rendez-vous dans une maison de briques ou de bois et vous les trouverez assis devant un téléviseur, sirotant un soda. Mais souvenez-vous : il y a trente ans de cela, bien qu'ils fussent déjà à moitié occidentalisés, les plus âgés résistaient vaillamment, comme le vieux chef des Wabamahigans, vivant à Fort-Pacôme ( Odenamanitak ), et ils combattaient le projet du barrage de la baie James...

C'est avec émotion que Vincent, l'arrière-petit-fils du chef Mastekoshi, se remémore l'époque de son aïeul... Il nous raconte, en français, bien sûr, quelques souvenirs : " Mon arrière-grand-père était un homme sage, un chef respecté, qui s'est "battu", pacifiquement et en homme avisé, pour faire valoir les droits de notre peuple et enseigner le respect des terres ancestrales où reposent les os de nos ancêtres ..."

En effet, depuis le début, nous autres, les "Blancs", nous avons bafoué leurs droits, souillé leurs terres, massacré leurs ancêtres et condamné les survivants à la servitude. Nous, les "Blancs", qui sommes venus à l'improviste prendre leurs terres, nous les appelions "sauvages"... Mais à présent, après réflexion, qui sont les êtres immondes ? Qui sommes-nous donc pour infliger de telles menaces, de telles camomnies à nos égaux ? Et eux, par contre, nous considéraient comme des amis, nous offrant généreusement leur hospitalité que nous avons récompensée à notre façon, à coups de fusil et de chasses intensives sur leurs territoires... Ferions-nous cela à des amis ?

Ce qui est arrivé à Mastekoshi et à sa tribu est une honte ! Après cent, voire quatre cents ans d'une civilisation qui n'a décidément pas évolué, l'homme blanc est resté le même, égoïste, vaniteux et possessif. Mastekoshi a eu la chancve de rejoindre ses vénérés ancêtres avant de voir ses propres enfants rejoindre les Blancs et se fondre dans leur communauté. Le problème, aujourd'hui, c'est que, dans l'esprit de certains visages pâles, l'Indien - animiste - reste un "sauvage" qui vit en tribu dans la nature... sans savoir que c'est nous qui les avons sédentarisés, nous qui, par tous les moyens, essayons d'effacer leur culture. Un autre problème persiste : les petits indiens sont envoyés dans des écoles où rien ne leur est enseigné sur leurs traditions, que cette nouvelle génération oublie peu à peu... Aujourd'hui, après leur éradication culturelle, on commence à les admirer, à s'intéresser à eux et à leur vie haute en couleurs... Mais il est un peu tard, n'est-ce pas ?

Le Visage Pâle n'a pas eu la même sagesse que ses frères Amérindiens, lui qui, de sa langue fourchue, a trahi la confiance de ses pairs. Notre "hétérophobie" nous a poussés bien loin !

 

Mais qui, des Indiens ou des Blancs, sont les plus "sauvages" ?

Les terres du Canada sont habitées, depuis des temps immémoriaux, par les différentes tribus indiennes. Jusqu'ici, elles vivaient en paix, se contentant de plaisirs simples tels que la chasse à l'ours, rendue célèbre par Chateaubriand dans son Journal de voyage en Amérique. Mais aujourd'hui, ces peuplades restées dans l'ombre depuis de longues années sont sur le point de disparaître... à jamais.

En 1492, Christophe Colomb débarque sur cette terre nouvelle qu'il croit être l'Inde, mais qui s'avèrera très vite être un autre monde... Jusque là, les Indiens vivaient tranquillement, en paix avec la nature, ses dieux et ses "esprits"... Il semble évident que l'arrivée de ces hommes blancs perturbera à tout jamais leur existence paisible.

Mais qui aurait pu deviner que les choses tourneraient de cette manière ? Qui aurait pu, en 1492, prédire les maladies qui ravageraient non seulement la faune locale, mais aussi des tribus entières ? Au fil du temps, les peuples indiens se font de plus en plus rares. Au début des années 70, la tribu la plus importante est celle des Wabamahigans et, à la fin des années 80, celle-ci a pratiquement disparu...

Parlons justement de cette tribu qui vit son peuple se consumer et s'éteindre ! Parlons justement des Wabamahigans qui, à cause de l'homme blanc, finirent par renoncer à leurs terres, à leur histoire, à leurs croyances... "Avant l'arrivée des hommes blancs, nous ne redoutions rien, ni le froid, ni la neige, ni l'ours, ni la violence des rapides. Et aujourd'hui, si près de notre mort, nous avons peur des hommes et de leurs lois qui ne sont pas les nôtres. Nous avons même peur que notre terre que nous sentions si solide sous pieds nous soit volée ! ", nous avoue tristement Népeshi, le regard embué, lorsque nous l'interrogeons sur ce qu'il pense de l'homme blanc. C'est que les Wabamahigans ont beaucoup souffert à cause des Blancs. En effet, lorsque les européens ont débarqué au Canada, la première intention de ces derniers fut de construire un barrage hydroélectrique, afin, non seulement, d'attirer plus d'habitants aux alentours de la Baie James, mais aussi de gagner plus d'argent.

La Baie James n'était autrefois occupée que par les castors qui seuls avaient le droit d'y construire leurs "habitats". Autrefois, c'était une baie magnifique où ne règnait que la nature, habitée par l' "esprit" du fleuve, Sipawaban. Aujourd'hui, la Baie James n'est plus un lieu resplendissant ... : c'est une baie comme une autre, contenue par un long barrage en béton, derrière lequel ni les castors ni les "esprits" ne sont plus présents.

Après l'arrivée des hommes au visage pâle, l'amour de la nature, des esprits et des animaux a été entièrement remplacé par la soif d'argent...Au Canada, la nature s'est retirée à petits pas honteux devant l'économie... A cause du gouvernement canadien, rien n'est plus comme avant. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un lieu industriel comme un autre. On coupe des milliers d'arbres pour s'enrichir, comme si ces arbres n'avaient poussé que dans ce but. Les caribous meurent chaque année lors de leur migration, à cause du barrage de la Baie James. Les castors sont tués sans la moindre tristesse, pour récupérer leur peau, vendue si cher en Europe, aujourd'hui !

Mais où est donc passée la nature d'autrefois ? La modernité l'a tuée pour toujours...

A cause des barrages hydroélectriques, chaque été et chaque hiver, les habitats sont inondés tout comme le sont les terrains de vêlage ! Les itinéraires de migration sont ainsi détournés, obligatoirement... Le taux des noyades dues à l'élargissement incessant des étendues d'eau durant les migrations n'est même plus évalué ! Les risques de feux de forêt augmentent tous les jours un peu plus... Quant à l'abaissement du niveau des eaux, qui favorise l'ouverture de crevasses, cela ne fait qu'augmenter davantage encore le taux de mortalité dans le Canada d'aujourd'hui... dans ce monde pourtant dit "civilisé"...

On qualifiait les Indiens de "sauvages"... Mais qu'en est-il donc de l'homme blanc et de sa constante folie de la colonisation ?

Je pense qu'il est grand temps de songer aux ravages que provoquent les Blancs dans des régions autrefois "naturelles"... au grand désespoir des Indiens qui aimaient tant leurs terres...

N.B. Pour aider l'association "Soutenons les peuples indiens en voie de disparition", écrivez-nous !

 

Tipis ronds ou maisons carrées ?

Depuis bien des années, les Indiens peuplent le Grand Nord canadien en vivant en harmonie avec la taïga. Mais ce berceau de vie a été peu à peu "souillé" , au fil des siècles, par "l'homme blanc", qui ne cherche qu'à s'approprier les terres indiennes. Celui-ci parvient à ses fins en "achetant" l'Indien ou en le tentant...

Jadis, l'Indien ne tuait les bêtes de la taïga que pour se nourrir, mais "l'homme blanc" lui a proposé de commercialiser les fourrures. En acceptant, l'Indien a commis une erreur dont il ne prendra conscience que bien plus tard. Ce n'était en fait qu'un début, car des accords semblables se sont multipliés. C'est ainsi qu'un village indien situé sur les rives du Sipawaban a connu de grands bouleversements en peu de temps : les tipis ont été remplacés par des maisons carrées, les attelages par des motos, les pirogues par des barques motorisées, l'arc et les flèches par le fusil.

Habituellement, l'Indien s'oppose à ces transformations, mais seul le plus sage parvient à ne pas céder. C'est ainsi que Mestakoshi, le vieux chef des Wabamahigans, s'est retrouvé seul, abandonné de sa tribu, dans son propre village. Aujourd'hui, l'Indien se bat contre la construction de barrages hydroélectriques sur ses terres. Ils risquent d'inonder les villages et d'empêcher les saumons de remonter les torrents... Tous ces éléments modifient le monde indien, dont les traditions se perdent petit à petit au fil des générations. La culture indienne, autrefois gravée dans la mémoire des tribus, s'efface peu à peu. Le plus terrible, c'est que, sans les Indiens, la taïga est vulnérable aux agissements des blancs...

Mais rien n'est perdu car vous pouvez dès aujourd'hui envoyer vos dons à l'association "Indiens sans frontières", sans laquelle ce reportage n'aurait pu être réalisé.

 

Génocide Indien

Tel un géant de béton armé, le barrage de la baie James se dresse sur la paisible rivière de Sipawaban. En amont, des terres inondées, des terrains saccagés : voilà le triste bilan des installations hydroélectriques québécoises...

Des centaines d'indiens vivaient là, il y a deux générations. Aujourd'hui leurs descendants sont parqués dans des réserves. Comme le rappelle le porte-parole de la Confédération Indienne, l'Etat doit prendre ses responsabilités : "... la Constitution canadienne donne à votre gouvernement juridiction sur les affaires indiennes... Fiduciaire des droits autochtones, il est leur protecteur. La volonté manifestée par le gouvernement du Québec de faire main basse sur une grande partie des terres indiennes constitue une violation des droits des Indiens. C'est à vous qu'il appartient de faire respecter ce droit."

Mais ce n'est pas tout : des terres arborées de plusieurs hectares sont déboisées, transformées en héliports ou en lotissements de baraques. L'écosystème n'en sortira jamais indemne. Déjà les oies blanches changent leur itinéraire de migration. Des centaines de carcasses de caribous flottent à la surface des rivières et ne parlons pas des castors, qui perdent la vie par centaines. Les Indiens, eux, du temps de leurs aïeux, respectaient cette terre qui était la leur. Alors, a-t-on besoin de cette modernisation à tout prix ?

Mais il faut croire que les enjeux économiques et politiques sont bien plus importants que les intérêts des Indiens. Le gouvernement a fait le choix de l'hydro-électricité face au nucléaire. Mais le choix est sans appel. Alors, pour récupérer la terre des "sauvages", il faut les occidentaliser à coups de programmes télévisés, d'alcools et de drogues... Jusqu'à quand ce génocide ?

 

Blancs contre Indiens

Dans les années 1970, un journaliste du magazine "GEO" est allé au Canada mener une enquête sur les Indiens et il a découvert une tribu merveilleuse : les Wabamahigans, terme qui signifie "Loups Blancs".

Ce peuple vivait sur une longue île entourée d'un grand fleuve qu'il vénérait comme un "Dieu". Un jour, les Blancs sont venus s'installer là et ont voulu édifier un barrage sur leur "Dieu" naturel... Cependant, le chef des Wabamahigans, Mestakoshi, s'opposait à cette décision, car lui et les siens auraient dû quitter leurs terres. Que diriez-vous, lecteurs de GEO, que feriez-vous si on vous imposait de quitter vos maisons pour pouvoir construire à leur place des parkings et des autoroutes ? Vous ne seriez pas d'accord. Eh bien, Mestakoshi n'atait pas d'accord non plus... Il a trouvé trop injuste que sa tribu soit chassée du village installé sur les ossements des ancêtres Wabamahigans...

Mais ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

A quoi a-t-il servi que des tribus entières soient terrassées par l'alcool des Européens ? Tout ceci est lié à la bêtise de l'homme blanc qui, persuadé que tout lui appartient, s'est permis d'envahir les terres des autres pour les accaparer... Auparavant, les Indiens du Canada vivaient en paix, dans le respect de leurs coutumes et traditions, de leurs Dieux et de la nature, alors qu'aujourd'hui on leur impose un Dieu unique, les traditions des Blancs et la civilisation européenne, le bruit des autoroutes et des moteurs, l'odeur de l'essence...

Les Blancs ont traité les Indiens en esclaves. Je m'en remets donc à vous, lecteurs de GEO, à votre sensibilité et à votre intelligence pour apprécier ce qu'ont fait nos ancêtres.

 

Les malheurs de Mestakoshi ou l'invasion technologique occidentale

J'ai passé l'équivalent de quatre années en compagnie d'une tribu indienne : les Wabamahigans. Cette tribu habite les terres de la Longue Île depuis des siècles et n'en est jamais partie...

Le chef de cette tribu, Mestakoshi, est mort il y a maintenant deux ans. Il était l'un des derniers grands opposants à la modernisation du Québec. En le questionnant sur son point de vue et sur des faits précis, j'ai compris que les occidentaux n'avaient aucun respect pour les Indiens et leurs coutumes. L'un des derniers exemples en date est la construction de ce barrage. Le gouvernement canadien n'a demandé l'avis de personne pour démarrer le chantier. La population indienne avait un pouvoir bien inférieur à celui de l'Etat. Les Indiens avaient beau protester, les travaux avançaient de jour en jour. Mestakoshi se donnait corps et âme pour les ralentir, mais le gouvernement ne pensait qu'à ses propres intérêts. Au fil des mois, Mestakoshi remarqua même que la nouvelle génération - ses petits-fils - pensait et agissait comme les Blancs...

Mostakoshi essaya en vain de les remettre dans le "droit chemin". L'idée de "besoins matériels" perpétuels, entretenue par les Blancs, offusquait le vieux chef, qui disait : "Je ne comprends pas les blancs. En l'espace de plusieurs millénaires, nous n'avons jamais eu l'intention de voler et de maîtriser le ciel. Les Blancs, eux, font tout pour conquérir cet élément qui n'est pas le leur. Les caribous ne dorment pas dans les tanières des castors."

Mestakoshi ne peut rien faire face à la progression des Blancs et de leur technologie. Il mourra quelques mois plus tard, en regrettant que ses petits-enfants ne veuillent plus vivre comme leurs ancêtres, que son combat ne soit pas continué comme il l'aurait voulu et que des traditions millénaires soient oubliées en un demi-siècle.

Les péripéties endurées par cet homme respectable illustrent bien l'irrespect des occidentaux, face aux Indiens. Cette peuplade de moins en moins nombreuse risque de ne jamais retrouver la liberté d'antan.

Que TISKA, reine des Wabamahigans, le reçoive dans le Royaume des morts comme un grand chef indien. J'espère qu'il sera enterré sur la Longue Île, pour rejoindre les os du père de son père...

A suivre ...

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