Qui n 'a jamais
entendu parler des Indiens d
'Amérique ? ...
|
...Combien ont déjà
été fascinés par leur univers
magique et par leur liaison étroite avec la
Nature, leur mère ? Leur survie toute
entière dépend de l'équilibre
existant entre eux et la taïga. Mais en essayent
de commander aux forces des fleuves et des
forêts, les Blancs compromettent fortement
cet équilibre. Le problème des
Wabamahigans est un des exemples
les plus frappants nés de cette
situation.
Vincent habite un des nouveaux villages
construits pour les Indiens, au Québec. Il est d 'origine wabamahigane,
comme la plupart des habitants de la commune.
« D 'ailleurs,
j'ai aussi un nom indien : je ne m'en souviens plus
exactement, je crois qu 'il voulait dire
Aigle pêcheur
», raconte-t-il. Aujourd 'hui, il
travaille dans un bureau et son ancienne vie ne lui
laisse plus beaucoup de souvenirs. A quelques pas
de chez lui habite un autre Wabamahigan, Népéshi. C 'est un ancien, qui a toujours
vécu selon les rites ancestraux. Il n
'habite dans cet appartement que depuis quelques
mois, après la mort du chef Mestakoshi, son ami. Il est de ceux qui se
souviennent - de ceux qui savaient chasser,
pêcher et qui dormaient sous le wigwam... Il se souvient sans peine de
son enfance, qu 'il a passée à faire
l'apprentissage de la taïga. Puis des hommes blancs sont
arrivés. Ils ont construit pour les Indiens
des maisons carrées avec de l
'électricité. Ils leur ont vendu des
motoneiges, ont installé une école et
une église. Et les Indiens en étaient
fiers... Népeshi se souvient encore de la joie du
chef Mestakoshi quand il a acheté sa
première motoneige... Et les Wabamahigans ont commencé à vivre
avec ce que les blancs appelaient alors le
"progrès".
Même les anciens ont
cédé.
Mais, au
début des années 1970, un nouveau cap
est franchi par les Blancs. Non contents d 'avoir
éloigné les Indiens de leurs
traditions, ils ont aussi décidé de
leur voler leurs terres en y construisant de grands
complexes hydroélectriques, le tout en
échange d 'une grosse somme de dollars. Les
jeunes de la tribu sont prêts à
accepter, pour pouvoir goûter au confort
à l 'européenne. Mais les plus vieux
s 'y opposent fermement, en particulier
Mestakoshi. Ce que leur proposent les Blancs,
c'est, ni plus ni moins, de vendre leur mère
Nature !
Ceci va
provoquer comme un déclic chez les anciens :
ils décident de reconstruire des
wigwams, de forme ronde, bien meilleures
que les maisons carrées qui leur ont presque
été imposées par les
Blancs.
En effet, ces
derniers n 'ont jamais rien demandé aux
Indiens. Ils ont toujours agi, selon eux, pour le
bien des indigènes, leur apportant la
médecine, l'électricité et
bien d 'autres nouveautés dont finalement
les «
Peaux-Rouges »
n'avaient même pas besoin. Depuis toujours,
les Wabamahigans ont puisé leur force dans
celle de la taïga. Et c'est cette force qui a permis
aux anciens de vivre jusqu 'à des âges
très avancés, malgré la
dureté du climat canadien.
Mestakoshi sait tout cela. Lui qui
était si fier de sa motoneige s'est souvenu
de l'époque où l'on partait à
la chasse avec les chiens, qui ne tombent jamais en
panne et ne consomment pas de
carburant...
Si Mestakoshi a décidé de renouer
avec les rites ancestraux, quelques années
avant sa mort, c'est avant tout dans le but de
sauver son peuple. Finalement, cela n'a servi
qu'à lui assurer une belle fin de vie, bien
au chaud dans son wigwam...
Des
clichés de rêve à la
triste réalité...
|
Canada, Québec, que vous inspirent
ces noms, ces lieux ? Le règne, la
souveraineté de la nature sur les hommes ?
La collaboration éternelle des Indiens
survivants avec l'âme de la terre ? Ou le
commencement de la fin pour ce sanctuaire naturel ?
Quel que soit votre cliché rêveur, je
me vois dans l'obligation de vous dévoiler
la triste réalité de ces
contrées sauvages, jadis
préservées, à présent
envahies et menacées...
Vous voyez sans doute
défiler dans votre imagination des
étendues verdoyantes sans limites, des cours
d'eau limpides, purs de toute immondice humaine...
Vous apercevez dans une clairière ou sur une
île un campement indien, vivant toujours au
contact de la nature, refusant obstinément
les méfaits de notre civilisation... Mais ce
que vous ne distinguez pas, ce que vous n'osez
même pas concevoir, ce sont, sur les bords
d'un fleuve, des milliers d'ouvriers, des centaines
de baraquements, des quantités incroyables,
indescriptibles de monstres, vrombissant et
pétaradant sans vergogne ; ce sont les
nombreuses routes creusées à
même les taillis profonds et sacrés du
Canada, les files vertigineuses de camions se ruant
vers le fleuve. Oui, je vous l'assure, pendant que
vous rêvassez délicieusement au coin
du feu, un fléau s'abat sur le
Québec.
Pourquoi tout ce dérangement
? Pourquoi tant de destructions, de profanations ?
"Rien de plus simple", vous
répondra le gouvernement
québécois : là se cache la
richesse de demain, là s'accumule depuis des
siècles l'énergie du futur :
l'électricité.
Ces terres appartiennent aux
Indiens, de droit, de fait et de par leurs
origines. Ils sont quelques communautés
à perpétuer leurs traditions et le
respect de la nature dans les environs de la
Baie James, et l'Etat ne les a
même pas gratifiés d'une visite. Il
s'est dispensé de leur autorisation pour
ériger des barrages sur le fleuve
Sipawaban, qui leur appartient
pourtant juridiquement.
L'une de ces tribus subsiste sur la
Longue Île -
îlot à l'embouchure du Sipawaban que l'édifice
risque de condamner à l'érosion et
à une lente annihilation. On pensait
cependant que les guerres coloniales étaient
révolues, que l'antique lutte entre Indiens
et colons avaient viré vers un accord de
respect mutuel entre leurs civilisations
respectives. On s'était trompé : la
guerre vient de reprendre. Les Indiens s'opposent
à la violation de leurs terres, attaquent
les Blancs qui leur déclarent la guerre. Le
procès, tardif, traîne en longueur,
tandis que les travaux surmontent les
difficultés et progressent même plus
rapidement. L'Etat canadien accorde aux Indiens des
indemnités, vient les consoler sur leur
territoire, leur transmet de faux espoirs :
hypocrisie flagrante, complot impensable contre les
Indiens, telle est, plus que tout, l'attitude
injuste des Blancs.
Certains Indiens avaient
prédit cette catastrophe dès le
début. Le chef indien des Wabamahigans sur la
Longue Île,
Mestakoshi, avait prédit
cette défaite avant tous les autres... Il ne
s'était pas déplacé, il avait
contemplé le début de la fin depuis
son île, il la comprenait et l'acceptait avec
résignation.
Huit ans ont passé, le
barrage est construit et les Blancs se rendent
enfin compte des conséquences de leur
cupidité. Vingt mille caribous sont morts
lors d'un déversement du barrage.
Mestakoshi est vieux, empli
d'amertume. Il sent sa fin proche et, avec elle, la
fin ultérieure de sa civilisation, la fin de
son monde. "Ce n'est qu'un premier
pas", dit-il, "l'engrenage de ce
désastre est enclenché, il ne peut
être arrêté. Les Blancs ont
profané la forêt, ils ont converti mon
peuple. On ne peut revenir en
arrière."
Le chef Mestakoshi meurt quelques jours
plus tard. Ses congénères ont
abandonné depuis longtemps ce combat, au
profit de la civilisation occidentale... Les Blancs
viennent ainsi d'absorber la culture indienne...
Qui les empêchera de souiller davantage
encore le berceau de cette civilisation, maintenant
que ses défenseurs se sont retirés
?
Au travers d'un magnifique
périple dans la région de
Québec, au Canada, et au terme
d'inoubliables rencontres,culturellement
précieuses, notre magazine mène une
enquête pertinente sur la vie des Indiens, si
bouleversée par un Etat en quête de
richesses. Je vais ainsi vous faire part du point
de vue des Indiens à l'égard des
colons "blancs" qui ont accédé au
pouvoir après des luttes fratricides,
voilà maintenant 450 ans.
Les Indiens possèdent une
admirable diversité culturelle sans
équivoque, d'une tribu à l'autre.
Mais les contraintes imposées par l'Etat
sont si astreignantes qu'elles poussent des
peuplades merveilleuses et exotiques à la
standardisation et à une fusion sans retour
avec la société de consommation
actuelle.
En effet, l'appel des technologies est
indéniable et des tribus entières,
comme les Wabamahigans,
même guidées par de puissants chefs
spirituels, sont happées par l'argent facile
et abandonnent leur vie traditionnelle si
chaleureuse pour un bourg ne laissant augurer
qu'effroi, tristesse et fainéantise.
De surcroît, cette fulgurante
"maladie" se
répand de plus en plus rapidement et elle
est accélérée par les plans de
restructuration du territoire. La faune et la flore
s'en trouvent directement menacées et c'est
à force de dizaines d'années de durs
labeurs que la taïga, mère des
Indiens, essaie tant bien que mal de
récupérer son dû.
J'ai été
frappé de voir de vieux Indiens
affalés sur un comptoir, rongés par
l'alcool et attendant
désespérément que leur tirage
au "Bingo" sorte,
afin de rafler quelques pacotilles.
On vit, depuis quelques
années, la mort d'une grandiose civilisation
qui restera gravée dans nos mémoires
comme étant l'une des plus riches
culturellement. Même si ces personnes sont
qualifiées de "sauvages", il faut
empêcher la disparition de leur culture, de
leur art de vivre et de chasser... Très peu
de peuples perpétuent encore les rituels en
l'honneur de la Nature. Le "vraie
vie" ne serait-elle pas
un retour aux vraies valeurs que nous a
enseignées la Nature et que nous avons
chamboulées en quelques siècles
seulement ? Or cette continuité naturelle
est corrompue et l'Administration, au travers de
ses démarches, montre bien qu'en ce
21è siècle, il n'y a plus de place ni
de temps à consacrer à ceux qui
prônent la communion avec la
Nature.
C'est pourquoi je demande à
ce que des actions en faveur de
l'intégrité des Indiens soient
menées dans un futur très proche,
sinon le monstre qu'est l'Etat fera
disparaître définitivement les
Indiens, instruments du gouvernement...
Les Indiens dans la
tourmente
|
Voilà maintenant quelques
semaines que j'ai rejoint le continent
européen après avoir vécu
d'inoubliables moments dans le Royaume du Nord.
Moments de grandes découvertes mais
également d'effroi. En effet, à
travers cette expédition, j'ai appris des
Indiens un tout autre mode de vie mais aussi,
à ma grande tristesse, cette nouvelle
situation m'a révélé le mal
qui les ronge. Aussi aimerais-je, en quelques
lignes, vous initier à la vie de ces
hommes.
Les Indiens
sont des êtres humbles, en qui le
sens du
partage et de l'hospitalité est très
développé. Ils savent, en toutes
circonstances, garder leur calme et font, bien plus
souvent que nous, appel au bon sens. Mais leur mode
de vie, leurs techniques de chasse, leur
façon de penser sont également
imprégnés d'une spiritualité dont nous ferions
bien de nous inspirer.
Cependant, les
Blancs continuent de se moquer de ce que peuvent
leur apporter les autres et ils imposent aux
Indiens leurs propres règles. Ainsi, ces
derniers doivent suivre l'éducation des
Blancs, prier les dieux des Blancs, manger ce que
produisent les Blancs... En fin de compte, on les
arrache à leurs traditions... Ce qui me
marque le plus, c'est le sans-gêne avec
lequel les Blancs trahissent les
Indiens...
J'ai appris
qu'aujourd'hui de nombreux travaux sont
engagés dans le Royaume du Nord, avec l'intention de favoriser une
expansion de type colonial. Barrages, routes,
magasins et demeures sont en construction. Mais on
n'a jamais demandé l'avis des
propriétaires de ces terres. On ne
s'intéresse pas davantage aux
conséquences possibles de cette
"colonisation".
Or, si l'on
étudiait ce dossier d'un peu plus
près, on se rendrait vite compte de quelle
injustice il est question. On se sert des
"sauvages" ! On leur vole leurs territoires
de chasse, trappe et pêche tout en leur
promettant une vie meilleure - c'est-à-dire
de l'électricité, des magasins, la
télévision. Mais est-ce cela, la
"vraie
vie" ? Ne vaudrait-il
pas mieux savoir vivre en harmonie avec la Nature,
plutôt que de continuer à la
détruire ?
Aujourd'hui, de
nombreuses tribus indiennes n'ont d'autre choix que
d'abandonner leurs terres s'ils veulent
éviter de mourir de faim ou de périr
noyés... Toutes les constructions des Blancs
nuisent à la nature qui, à juste
titre, se révolte par de grandes crues ou
par l'extinction d'espèces telles que la
baleine.
Cependant, il
existe encore quelques personnes bien
décidées à ne pas se laisser
faire, même si elles savent que cela ne
changera rien et que leurs enfants finiront par
céder aux avances des colons. Mais les
anciens s'expriment par la voix de Mestakochi , chef de la tribu des
Wabamahigans : " Nous ne partirons pas, nous
voulons mourir sur la terre de nos aïeux et ne
pas être pollués par l'esprit des
Blancs..."
On
ne peut décrire en quelques mots la douleur
que ressentent les Indiens, mais je souhaite qu'on
lève enfin le voile sur la condition qui
leur est faite et que l'on ne prenne pas seulement
en considération l'avis des colons à
propos de cette totale injustice infligée
aux Indiens.
Dans la nuit du 5 au 6 novembre, un
bélier mécanique avec son conducteur,
pris de folie au volant, écrase, broie et
renverse tout... Tous les baraquements ont
été éventrés,
l'électricité coupée... Puis
le bélier continue et heurte les
réservoirs d'essence. Le carburant ruisselle
et s'enflamme... : bientôt d'immenses
hectares sont anéantis. Ainsi partent en
fumée des mois et des mois de travail......
De leur côté, les Indiens sourient.
Ils évoquent la vengeance des Esprits des
anciens. Ils essaient de reprendre espoir car le
gouvernement les a encore trahis en leur prenant
davantage de terres, faisant abstraction des
lois...
Les Indiens peuplent
l'Amérique depuis la nuit des temps, bien
avant l'arrivée des colons. Ces derniers ont
pris chaque année les territoires des
Indiens en les repoussant toujours plus au Nord.
Puis ils y ont puisé toutes les ressources,
tuant ainsi des milliers d'autochtones.
" Ils prétendent nous
laisser vivre, en construisant des réserves,
mais, pour nous, c'est mourir " disent les
anciens chefs des tribus indiennes. Ainsi, les
autochtones, surtout les plus anciens, souffrent
des agissements des "Blancs".
Mais, dans la plupart des tribus,
une scission se fait ressentir entre les jeunes
d'un côté, vivant de façon
"moderne", achetant des produits qu'ils ne
connaissent pas au supermarché, et les vieux
de l'autre, vivant toujours comme leurs
ancêtres, sous les wigwams.
Ces derniers sont en colère.
Ils ne veulent pas de ce barrage qui
représenterait la fortune du Québec.
Mais que peuvent-ils faire ? "Ils
détruiront notre fleuve, nos ressources. Et
c'est notre terre, la terre de nos ancêtres.
Leurs os sont enterrés ici, les nôtres
doivent être à côté
d'eux. " Mais les "Blancs" continuent,
passant outre... Ils ont déjà tout
pillé, saccagé détruit. Ils
leur prennent chaque jour leur vie, en envahissant
leurs terres.
Les Indiens sont pourtant un peuple
doté de lois, de coutumes... Alors pourquoi
ne pas les respecter ? Dans chaque pays, les
autochtones acceptent et respectent les
différences des immigrants. Lors de la
découverte de l'Amérique, les Indiens
ont accepté Jacques
Cartier et ses compagnons, en leur
montrant les plus beaux paysages. Ils les ont
même soignés, lors de la terrible
épidémie qui a tué de nombreux
matelots.
Il n'est pas dans la nature des
hommes d'écraser et d'ignorer un peuple qui
les a aidés...
Les Indiens aujourd'hui :
réalité ou fiction
?
|
Serait-il encore convenable de les
appeler "Indiens" ? Ces êtres magnifiques,
vivaient jadis de la "mère Nature", de rites
et de danses, jusqu'au jour où l'homme blanc
vint fouler le sol sacré des "sauvages", imposant culture et
religion à des prétendus
"sous-hommes"... Aujourd'hui, il serait bien
difficile de distinguer un Indien d'un Blanc :
hormis la couleur de la peau et la forme du visage,
on a bien réussi à leur imposer notre
culture. N'essayez pas de chercher des tipis ou
autres wigwams... Si vous tenez à les
rencontrer, rendez-vous dans une maison de briques
ou de bois et vous les trouverez assis devant un
téléviseur, sirotant un soda. Mais
souvenez-vous : il y a trente ans de cela, bien
qu'ils fussent déjà à
moitié occidentalisés, les plus
âgés résistaient vaillamment,
comme le vieux chef des Wabamahigans, vivant à Fort-Pacôme ( Odenamanitak ), et ils combattaient le projet
du barrage de la baie James...
C'est
avec émotion que Vincent, l'arrière-petit-fils du
chef Mastekoshi, se remémore
l'époque de son aïeul... Il nous
raconte, en français, bien sûr,
quelques souvenirs : " Mon
arrière-grand-père était un
homme sage, un chef respecté, qui s'est
"battu", pacifiquement et en homme avisé,
pour faire valoir les droits de notre peuple et
enseigner le respect des terres ancestrales
où reposent les os de nos ancêtres
..."
En
effet, depuis le début, nous autres, les
"Blancs", nous avons bafoué leurs droits,
souillé leurs terres, massacré leurs
ancêtres et condamné les survivants
à la servitude. Nous, les "Blancs", qui
sommes venus à l'improviste prendre leurs
terres, nous les appelions "sauvages"... Mais à présent,
après réflexion, qui sont les
êtres immondes ? Qui sommes-nous donc pour
infliger de telles menaces, de telles camomnies
à nos égaux ? Et eux, par contre,
nous considéraient comme des amis, nous
offrant généreusement leur
hospitalité que nous avons
récompensée à notre
façon, à coups de fusil et de chasses
intensives sur leurs territoires... Ferions-nous
cela à des amis ?
Ce
qui est arrivé à Mastekoshi et à sa tribu est
une honte ! Après cent, voire quatre cents
ans d'une civilisation qui n'a
décidément pas évolué,
l'homme blanc est resté le même,
égoïste, vaniteux et possessif.
Mastekoshi a eu la chancve de rejoindre ses
vénérés ancêtres avant
de voir ses propres enfants rejoindre les Blancs et
se fondre dans leur communauté. Le
problème, aujourd'hui, c'est que, dans
l'esprit de certains visages pâles, l'Indien
- animiste - reste un "sauvage" qui vit en tribu dans la
nature... sans savoir que c'est nous qui les avons
sédentarisés, nous qui, par tous les
moyens, essayons d'effacer leur culture. Un autre
problème persiste : les petits indiens sont
envoyés dans des écoles où
rien ne leur est enseigné sur leurs
traditions, que cette nouvelle
génération oublie peu à peu...
Aujourd'hui, après leur éradication
culturelle, on commence à les admirer,
à s'intéresser à eux et
à leur vie haute en couleurs... Mais il est
un peu tard, n'est-ce pas ?
Le
Visage Pâle n'a pas eu la même sagesse
que ses frères Amérindiens, lui qui,
de sa langue fourchue, a trahi la confiance de ses
pairs. Notre "hétérophobie" nous a
poussés bien loin !
Mais qui, des Indiens ou
des Blancs, sont les plus "sauvages"
?
|
Les terres du Canada sont
habitées, depuis des temps
immémoriaux, par les différentes
tribus indiennes. Jusqu'ici, elles vivaient en
paix, se contentant de plaisirs simples tels que la
chasse à l'ours, rendue
célèbre par Chateaubriand dans son Journal de
voyage en Amérique. Mais aujourd'hui,
ces peuplades restées dans l'ombre depuis de
longues années sont sur le point de
disparaître... à
jamais.
En
1492, Christophe Colomb débarque sur
cette terre nouvelle qu'il croit être
l'Inde, mais qui s'avèrera
très vite être un autre monde...
Jusque là, les Indiens vivaient
tranquillement, en paix avec la nature, ses dieux
et ses "esprits"... Il semble évident que
l'arrivée de ces hommes blancs perturbera
à tout jamais leur existence paisible.
Mais qui aurait pu deviner que les
choses tourneraient de cette manière ? Qui
aurait pu, en 1492, prédire les maladies qui
ravageraient non seulement la faune locale, mais
aussi des tribus entières ? Au fil du temps,
les peuples indiens se font de plus en plus rares.
Au début des années 70, la tribu la
plus importante est celle des
Wabamahigans et, à la fin des
années 80, celle-ci a pratiquement
disparu...
Parlons justement de cette tribu
qui vit son peuple se consumer et s'éteindre
! Parlons justement des Wabamahigans qui, à cause
de l'homme blanc, finirent par renoncer à
leurs terres, à leur histoire, à
leurs croyances... "Avant l'arrivée des hommes
blancs, nous ne redoutions rien, ni le froid, ni la
neige, ni l'ours, ni la violence des rapides. Et
aujourd'hui, si près de notre mort, nous
avons peur des hommes et de leurs lois qui ne sont
pas les nôtres. Nous avons même peur
que notre terre que nous sentions si solide sous
pieds nous soit volée ! ", nous avoue
tristement Népeshi, le regard
embué, lorsque nous l'interrogeons sur ce
qu'il pense de l'homme blanc. C'est que les
Wabamahigans ont beaucoup souffert
à cause des Blancs. En effet, lorsque les
européens ont débarqué au
Canada, la première intention de ces
derniers fut de construire un barrage
hydroélectrique, afin, non seulement, d'attirer
plus d'habitants aux alentours de la
Baie
James, mais aussi de gagner plus
d'argent.
La
Baie
James
n'était autrefois occupée que par les
castors qui seuls avaient le droit d'y
construire leurs "habitats". Autrefois,
c'était une baie magnifique où ne
règnait que la nature, habitée par l'
"esprit" du fleuve, Sipawaban. Aujourd'hui, la
Baie
James
n'est plus un lieu resplendissant ... : c'est une
baie comme une autre, contenue par un long barrage
en béton, derrière lequel ni les
castors ni les "esprits" ne sont plus
présents.
Après l'arrivée des
hommes au visage pâle, l'amour de la nature,
des esprits et des animaux a été
entièrement remplacé par la soif
d'argent...Au Canada, la nature s'est
retirée à petits pas honteux devant
l'économie... A cause du gouvernement
canadien, rien n'est plus comme avant. Aujourd'hui,
ce n'est plus qu'un lieu industriel comme un autre.
On coupe des milliers d'arbres pour s'enrichir,
comme si ces arbres n'avaient poussé que
dans ce but. Les caribous meurent chaque année lors
de leur migration, à cause du barrage de
la
Baie James. Les castors sont tués sans
la moindre tristesse, pour récupérer
leur peau, vendue si cher en Europe, aujourd'hui
!
Mais où est donc
passée la nature d'autrefois ? La
modernité l'a tuée pour
toujours...
A
cause des barrages hydroélectriques, chaque
été et chaque hiver, les habitats
sont inondés tout comme le sont les terrains
de vêlage ! Les itinéraires de
migration sont ainsi détournés,
obligatoirement... Le taux des noyades dues
à l'élargissement incessant des
étendues d'eau durant les migrations n'est
même plus évalué ! Les risques
de feux de forêt augmentent tous les jours un
peu plus... Quant à l'abaissement du niveau
des eaux, qui favorise l'ouverture de crevasses,
cela ne fait qu'augmenter davantage encore le taux
de mortalité dans le Canada d'aujourd'hui... dans
ce monde pourtant dit "civilisé"...
On
qualifiait les Indiens de "sauvages"... Mais qu'en est-il donc de
l'homme blanc et de sa constante folie de la
colonisation ?
Je
pense qu'il est grand temps de songer aux ravages
que provoquent les Blancs dans des régions
autrefois "naturelles"... au grand désespoir des
Indiens qui aimaient tant leurs
terres...
N.B. Pour aider l'association
"Soutenons les peuples indiens en
voie de disparition", écrivez-nous !
Tipis ronds ou maisons
carrées ?
|
Depuis bien des années, les
Indiens peuplent le Grand Nord canadien en vivant
en harmonie avec la taïga. Mais ce berceau de vie a
été peu à peu
"souillé"
, au fil des siècles, par
"l'homme
blanc", qui ne cherche
qu'à s'approprier les terres indiennes.
Celui-ci parvient à ses fins en
"achetant" l'Indien ou en le
tentant...
Jadis, l'Indien ne tuait les
bêtes de la taïga que pour se nourrir,
mais "l'homme
blanc" lui a proposé
de commercialiser les fourrures. En acceptant,
l'Indien a commis une erreur dont il ne prendra
conscience que bien plus tard. Ce n'était en
fait qu'un début, car des accords semblables
se sont multipliés. C'est ainsi qu'un
village indien situé sur les rives du
Sipawaban a connu de grands
bouleversements en peu de temps : les tipis ont
été remplacés par des maisons
carrées, les attelages par des motos, les
pirogues par des barques motorisées, l'arc
et les flèches par le fusil.
Habituellement, l'Indien s'oppose
à ces transformations, mais seul le plus
sage parvient à ne pas céder. C'est
ainsi que Mestakoshi, le vieux chef des
Wabamahigans, s'est
retrouvé seul, abandonné de sa tribu,
dans son propre village. Aujourd'hui, l'Indien se
bat contre la construction de barrages
hydroélectriques sur ses terres. Ils
risquent d'inonder les villages et d'empêcher
les saumons de remonter les torrents... Tous ces
éléments modifient le monde indien,
dont les traditions se perdent petit à petit
au fil des générations. La culture
indienne, autrefois gravée dans la
mémoire des tribus, s'efface peu à
peu. Le plus terrible, c'est que, sans les Indiens,
la taïga est vulnérable aux agissements
des blancs...
Mais rien n'est perdu car vous
pouvez dès aujourd'hui envoyer vos dons
à l'association "Indiens sans
frontières", sans laquelle ce
reportage n'aurait pu être
réalisé.
Tel un géant de béton
armé, le barrage de la baie James
se dresse
sur la paisible rivière de Sipawaban. En amont, des terres
inondées, des terrains saccagés :
voilà le triste bilan des installations
hydroélectriques
québécoises...
Des centaines d'indiens
vivaient là, il y a deux
générations. Aujourd'hui leurs
descendants sont parqués dans des
réserves. Comme le rappelle le porte-parole
de la Confédération
Indienne, l'Etat doit prendre ses
responsabilités : "... la
Constitution canadienne donne à votre
gouvernement juridiction sur les affaires
indiennes... Fiduciaire des droits autochtones, il
est leur protecteur. La volonté
manifestée par le gouvernement du
Québec de faire main basse sur une grande
partie des terres indiennes constitue une violation
des droits des Indiens. C'est à vous qu'il
appartient de faire respecter ce
droit."
Mais ce n'est pas tout : des terres
arborées de plusieurs hectares sont
déboisées, transformées en
héliports ou en lotissements de baraques.
L'écosystème n'en
sortira jamais indemne. Déjà les oies
blanches changent leur itinéraire de
migration. Des centaines de carcasses de caribous
flottent à la surface des rivières et
ne parlons pas des castors, qui perdent la vie par
centaines. Les Indiens, eux, du temps de leurs
aïeux, respectaient cette terre qui
était la leur. Alors, a-t-on besoin de cette
modernisation à tout prix ?
Mais il faut croire que les enjeux
économiques et politiques sont bien plus
importants que les intérêts des
Indiens. Le gouvernement a fait le choix de
l'hydro-électricité face au
nucléaire. Mais le choix est sans appel.
Alors, pour récupérer la terre
des "sauvages", il faut
les occidentaliser à coups de programmes
télévisés, d'alcools et de
drogues... Jusqu'à quand ce génocide
?
Dans les années 1970, un
journaliste du magazine "GEO" est allé au
Canada mener une enquête sur les Indiens et
il a découvert une tribu merveilleuse : les
Wabamahigans, terme qui
signifie "Loups Blancs".
Ce peuple vivait sur une longue
île entourée d'un grand fleuve qu'il
vénérait comme un "Dieu". Un jour, les Blancs
sont venus s'installer là et ont voulu
édifier un barrage sur leur
"Dieu" naturel...
Cependant, le chef des Wabamahigans,
Mestakoshi, s'opposait à
cette décision, car lui et les siens
auraient dû quitter leurs terres. Que
diriez-vous, lecteurs de GEO, que feriez-vous si on
vous imposait de quitter vos maisons pour pouvoir
construire à leur place des parkings et des
autoroutes ? Vous ne seriez pas d'accord. Eh bien,
Mestakoshi n'atait pas d'accord
non plus... Il a trouvé trop injuste que sa
tribu soit chassée du village
installé sur les ossements des
ancêtres Wabamahigans...
Mais ce n'est qu'un exemple parmi
d'autres.
A quoi a-t-il servi que des tribus
entières soient terrassées par
l'alcool des Européens ? Tout ceci est
lié à la bêtise de l'homme
blanc qui, persuadé que tout lui appartient,
s'est permis d'envahir les terres des autres pour
les accaparer... Auparavant, les Indiens du Canada
vivaient en paix, dans le respect de leurs coutumes
et traditions, de leurs Dieux et de la
nature, alors qu'aujourd'hui on leur impose un
Dieu unique, les
traditions des Blancs et la civilisation
européenne, le bruit des autoroutes et des
moteurs, l'odeur de l'essence...
Les Blancs ont traité les
Indiens en esclaves. Je m'en remets donc à
vous, lecteurs de GEO, à votre
sensibilité et à votre intelligence
pour apprécier ce qu'ont fait nos
ancêtres.
Les malheurs de Mestakoshi
ou l'invasion technologique
occidentale
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J'ai passé
l'équivalent de quatre années en
compagnie d'une tribu indienne : les Wabamahigans. Cette tribu habite
les terres de la Longue Île depuis des
siècles et n'en est jamais
partie...
Le chef de cette tribu,
Mestakoshi, est mort il y a
maintenant deux ans. Il était l'un des
derniers grands opposants à la modernisation du
Québec. En le questionnant sur son point
de vue et sur des faits précis, j'ai compris
que les occidentaux n'avaient aucun respect pour
les Indiens et leurs coutumes. L'un des derniers
exemples en date est la construction de ce barrage.
Le gouvernement canadien n'a demandé l'avis
de personne pour démarrer le chantier. La
population indienne avait un pouvoir bien
inférieur à celui de l'Etat. Les
Indiens avaient beau protester, les travaux
avançaient de jour en jour. Mestakoshi se donnait corps et
âme pour les ralentir, mais le gouvernement
ne pensait qu'à ses propres
intérêts. Au fil des mois,
Mestakoshi remarqua même
que la nouvelle génération - ses
petits-fils - pensait et agissait comme les
Blancs...
Mostakoshi essaya en vain de les
remettre dans le "droit
chemin". L'idée de
"besoins
matériels"
perpétuels, entretenue par les Blancs,
offusquait le vieux chef, qui disait :
"Je ne comprends pas
les blancs. En l'espace de plusieurs
millénaires, nous n'avons jamais eu
l'intention de voler et de maîtriser le ciel.
Les Blancs, eux, font tout pour conquérir
cet élément qui n'est pas le leur.
Les caribous ne dorment pas dans
les tanières des castors."
Mestakoshi ne peut rien faire face
à la progression des Blancs et de leur
technologie. Il mourra quelques mois plus tard, en
regrettant que ses petits-enfants ne veuillent plus
vivre comme leurs ancêtres, que son combat ne
soit pas continué comme il l'aurait voulu et
que des traditions millénaires soient
oubliées en un demi-siècle.
Les péripéties
endurées par cet homme respectable
illustrent bien l'irrespect des occidentaux, face
aux Indiens. Cette peuplade de moins en moins
nombreuse risque de ne jamais retrouver la
liberté d'antan.
Que TISKA, reine des
Wabamahigans, le reçoive
dans le Royaume des morts comme un grand chef
indien. J'espère qu'il sera enterré
sur la Longue Île, pour
rejoindre les os du père de son
père...
A suivre ...
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