Caryl CHESSMAN A TRAVERS LES BARREAUX

 

"Le directeur de San Quentin, M. Teets, me mit au défi de faire quelque chose de sensé de mon existence, de raconter pourquoi j'avais fait de mon mieux pour pouvoir la gâcher. Cellule 2455, couloir de la mort fut ma réponse. Elle constituait un effort sincère.

Je crois que ma plus grande utilité réside dans ce que j'ai eu l'occasion de démontrer que le plus indécrottable criminel qui soit peut être sauvé, qu'il en vaut la peine, tant au point de vue humain que pour des motifs d'ordre social plus positifs.

Le talion et la chambre à gaz ne sont pas des solutions. Lorsqu'il s'agit de résoudre le problème du crime, je crois que la clairvoyance doit être substituée à la vengeance. Je suis convaincu qu'il y a quelque chose d'étroit et de destructif dans la façon dont la Société considère et traite l'homme qui, comme on dit, est "en guerre" avec elle. En réalité, souvent, c'est avec lui-même qu'il est en guerre. Malheureusement, les traditions ont le don pour passer les menottes au progrès.

En mettant sur le marché mes vues et mon expérience, en révélant une nouvelle face du problème de la criminalité, en continuant à plaider la cause des maudits et des condamnés, en passant même au besoin d'un sujet à un autre, je crois que je puis rendre service à la Société. C'est cela que je veux faire.

Je sais que ce n'est que par miracle que je suis encore vivant, par miracle que je suis sorti de la jungle d'autodestruction dans laquelle je suis resté pris au piège pendant tant d'années. Il y a fallu le remède héroïque - "Tu guéris ou tu crèves" - du Couloir de la Mort pour me ramener à mon bon sens."

 

Caryl CHESSMAN, A TRAVERS LES BARREAUX, 1955

réédité dans la collection "Presses Pocket", n°62/63, en 1963. ( Extrait : page 133 )
Déroulez la page



Caryl CHESSMAN CELLULE 2455, COULOIR DE LA MORT

 

" Il finira mal."

"Cette prophétie s'est réalisée. L'homme enfermé aujourd'hui dans la cellule 2455 a en effet mal tourné. Après neuf ans d'une existence criminelle coupée par des périodes d'incarcération qui ont suivi sa mise en libération conditionnelle de la maison de redressement, il est arrivé enfin au bout de la route, c'est-à-dire au quartier de la mort de San Quentin, en Californie.

Deux fois condamné à mort, il doit purger en outre quinze peines de prison, allant d'une détention à perpétuité sans possibilité de libération sur parole à des sentences de un à dix ans de travaux forcés. La date à laquelle il pourrait éventuellement être libéré est le 10 décembre 2009. Bien entendu, il n'a pas à s'en faire, il ne restera pas en prison toutes ces années-là ! Il sera libre le jour où les professionnels de la mort, engagés et payés par l'Etat, décideront de l'attacher dans l'un des deux fauteuils de la chambre à gaz de la prison.

L'homme sait ce qui se passe dans cette petite et affreuse chambre verte. C'est pourquoi il a refusé obstinément jusqu'à ce jour de s'y laisser traîner.

Mais son entêtement ne suffit pas à s'opposer à la volonté de l'Etat. Sinon, l'art du bourreau deviendrait vite inutile ici-bas !

(...) L'homme de la cellule 2455 est solitaire, car les cinq dernières années, il les a passées dans l'ombre froide de la chambre à gaz. Sans jamais un moment de répit, il a écarté l'épée que la justice tient continuellement suspendue au-dessus de sa tête. Il lance ainsi un défi à la Grande Faucheuse, en se battant avec acharnement contre l'Etat de Californie qui veut à tout prix sa tête. Chaque fois, le filet s'est resserré autour de lui, mais chaque fois il a trouvé une faille par laquelle il a pu s'échapper. Il a repris chaque fois l'offensive en cherchant des erreurs dans la procédure de tous ses jugements consécutifs.

Chaque fois, il a obtenu un sursis, mais non pas la révision de son procès. Vaincu, il a essayé la tactique militaire qui consiste à changer d'attaque. Une fois, il est arrivé à trois jours de la date fixée pour son exécution.

Au moment où il a commencé à écrire ce livre, il est engagé dans une lutte finale et décisive. Il doit gagner... ou mourir. (...)

La Société a été un certain moment obligée de se demander, par le truchement de ses serviteurs, si cet homme avait bien le droit de vivre. Ce moment est venu quand il s'y attendait le moins. Un concours invraisemblable de circonstances l'a conduit jusqu'au quartier de la mort. Le quartier est un endroit sinistre et c'est là, enfermé sans espoir, que cet homme a commencé la bataille pour sa vie. (...)

L'exécution de l'homme de la cellule 2455 ne prouvera rien, excepté qu'il sera mort. Que prouvera cette mort ?

Le problème du crime et des criminels ne disparaîtra pas avec lui. La société peut le détruire, lui et ses semblables, mais le crime existera toujours, il y aura encore et toujours des criminels.

La vengeance de la société est une inutilité humiliante.

L'auteur de ce livre le sait.

Car c'est lui, l'homme de la cellule 2455.

Ceci est son histoire, racontée par lui-même, cependant qu'il attend encore que le bourreau frappe à sa porte."

 

Caryl CHESSMAN, CELLULE 2455, COULOIR DE LA MORT, 1962, réed. Presses Pochet n° 8, 1971, pages139 - 141

 

Commentaire : jusqu'à la page 141, l'auteur - narrateur a conté son enfance et sa jeunesse à la troisième personne, soulignant sans doute, par cette prise de distance, sa volonté de faire le point avec lucidité. On voit mieux de loin. Mais les deux autres tiers de son livre, qui recouvrent les péripéties de l'âge adulte, sont rédigées à la première personne, comme pour bien signifier que désormais il "assume" ses délits... Ce qu'il affirme d'ailleurs clairement, à quelques pages de cet extrait.

Ce passage de la 3è à la 1ère personne donnera lieu, en Seconde Columbus, cette année comme lors des précédentes, à des exercices de rédaction et de reformulation. Il sera ainsi question de rédiger son "autobiographie" à la 1ère, puis à la 3è personne, avant de les comparer pour évaluer la portée des changements opérés et des effets obtenus.

A propos de la peine de mort...

Points de vue, débats, argumentation...

Point de vue : Albert CAMUS

Dossier HUGO

La peine de mort Infos, chiffres et anecdotes

Des lycéens débattent... en 1976

Le point de vue d'un condamné

Le point de vue d'un éditorialiste ...en 1976

DOSSIER pédagogique sur l'ABOLITION de la PEINE DE MORT

Retour au plan de la séquence 3

Sommaire de la Salle de Français

Une histoire de la peine de mort en Californie

Retour au tableau des séquences Retour au sommaire de la Salle de Français
Réseau Pléiade L'Arche | Cap sur l'Egypte | Horizons Nouveaux | Ici, l'Amérique ! | Magiscope

| "1ère Classe" | Salle de Français | Terrains d'aventures | Rencontres | Au Génie Bleu

 Yves Clady ©Copyright 1999