Cette dame enceinte...


"Cette dame enceinte, dans sa robe de chambre à plis de bronze, un bougeoir à la main, c'est la Liberté éclairant le Monde, de Bartholdi. Elle tourne légèrement son flambeau vers l'Europe, comme pour l'éclairer d'abord. Singulière fortune américaine que celle de ce Bartholdi, Alsacien, praticien glacial de l'Atelier d'Ary Scheffer, médaille d'honneur des Salons... Sa statue est exilée en mer sur une petite île ; a-t-on peur qu'elle mette le feu avec sa torche, en plein vent ? D'en bas et de tout près, la figure verte et abstraite me terrifia. Je pénétrai sous ses jupes par des casemates de fort.

Rien ne ressemble plus à cette Liberté qu'une prison.* On m'éleva dans un monte-charge grillé, semblable à la cage du cardinal La Balue, jusqu'à un escalier en ressort à boudin.

Sur la bobèche du flambeau, on pourrait faire une promenade circulaire ; au premier plan, l'ancien fort Wood, sur lequel le monument a été posé, dessine une étoile. Une rampe de projecteurs en accuse les contours, les nuits de fête nationale. Dans la tête de la Liberté, qui est vide, des Sociétés philanthropiques donnent des banquets...

Ce soir, au soleil couchant, cette Liberté allongeait une grande ombre sur la mer..."


*paradoxe

Paul MORAND, NEW-YORK,

Flammarion 1930, pages 33-34

LIBERTY ISLAND

La statue de la Liberté domine le port de New York depuis 1886. Elle a vu passer des millions d'immigrants sur l'île proche de Ellis Island et les vers du poète Emma Lazarus inscrits dans le piédestal continuent de nourrir le rêve américain :

"Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free.

The wretched refuse of your teeming shore,

Send these, the homeless, tempest-tost to me.

I lift my lamp beside the golden door !"

" Donnez-moi vos pauvres et vos opprimés aspirant à la liberté,

De vos rivages populeux, les misérables rejetés.

Confiez-moi ces sans-abri, par la tempête ballottés.

La porte d'or par ma lampe est éclairée."

L'idée de la statue de la Liberté est née en France. En 1874, deux ans avant le centenaire de la déclaration de l'indépendance américaine, un groupe de personnalités françaises inspiré par Edouard de Laboulaye fonde l'Union franco-américaine pour l'érection d'un monument commémoratif de l'amitié franco-américaine.

Statue de la Liberté, en cours de construction, à Paris.

Frédéric Auguste Bartholdi ( 1834-1904) imagine une statue représentant la Liberté éclairant le monde. Elle sera faite de plaques de cuivre portées par une armature d'acier dessinée par Gustave Eiffel.

Il faudra douze ans pour que l'idée prenne définitivement corps. En 1877, Bartholdi expose l'avant-bras portant le flambeau de la liberté à New York et la même année, le Congrès américain approuve le site proposé par Bartholdi pour ériger la statue : Bedloe's Island ( appelée maintenant Liberty Island ).

Le 21 mai 1884, la statue complètement montée domine les toits de Paris de ses 47 mètres avant d'être expédiée aux Etats-Unis. Elle a été réalisée par les ateliers Gaget, Gautier et Cie ( ce premier nom est à l'origine du mot gadget, puisque, lors de l'inauguration du monument à New York, la firme Gaget avait inondé le marché de souvenirs à l'effigie de la statue ). Elle est officiellement présentée par Ferdinand de Lesseps à l'ambassadeur des Etats-Unis en France, Levi Morton, le 4 juillet de la même année.
A New York, la construction du piédestal, qui doit être financée par les Américains, prend du retard vu le manque d'enthousiasme local pour cette nouvelle citoyenne. En 1885, Joseph Pulitzer, propriétaire du journal The World, lance une souscription qui rassemble enfin les fonds nécessaires.

La statue démontée arrive sur place en juin 1885 et c'est le 28 octobre 1886 que le président Grover Cleveland l'inaugure.

Liberty Island devient un parc national en 1965 avec sa voisine Ellis Island et, depuis 1972, abrite l'American Museum of Immigration.

A l'occasion de son centenaire, la statue de la Liberté a été remise à neuf et de grandes réjouissances ont été organisées, avec le concours de nombreuses entreprises, de formations et d'artistes français.

Le modèle réduit ( au 1/10è ) de la statue de la Liberté qui se trouve à Paris au niveau du pont de Grenelle sur l'île aux Cygnes a été offert par la colonie américaine en 1885.

La statue de la Liberté en quelques chiffres :

- la statue fait 46 mètres de haut : le piédestal mesure environ 47 mètres de haut, sa torche dominant la baie de 93 mètres.

- pour atteindre l'observatoire panoramique, il faut monter 168 marches.


Bibliographie

Paul MORAND, New York, Flammarion 1930

Lionel Dahan / Pierre Morel, SCORE CIVILISATION USA, Presses Pocket Paris 1990, "Les langues pour tous" n° 3092

Les Alsaciens et l'Amérique du XVIè siècle au début du XXè, Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse n° 2 / 1985 N° 797



LIENS

*Archives digitales de l'architecture américaine

Photos et cartes postales : le gratte-ciel du XIXè au XXIè siècle... ( Cliquer en haut de page sur le lien 20th Century Architecture Skyscrapers...)

 

 

**Le gratte-ciel en 1957 - 58 Album d'images Nestlé - Kohler

*** SKYSCRAPERS : MIDI-MINUIT Puzzle poétique Seconde Columbus 2000-2001

****Montréal, l'autre ville... Seconde Canada 2001-2002

*****Paul Morand NEW-YORK, Flammarion 1930

La statue de la Liberté vue par Paul Morand / Point Flash sur New-York

*Vers la géométrie colorée du peintre américain Mark ROTHKO Commentaires Seconde Columbus 2000-2001

Du "gratte-ciel" ou skyscraper à la ferme américaine

MAISONS HAUTES, par Jean Le Fère, in LE PETIT JOURNAL - janvier 1905

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